Koh Samui n’est pas Tarifa, et c’est tant mieux. Ici, pas de vent à décorner les bœufs 340 jours par an, pas de combinaisons néoprène, pas de parking bondé de vans. On ride en boardshort dans une eau à 29 degrés, avec une poignée de kiters sur des spots que la majorité des touristes ignorent complètement. Le compromis ? Il faut connaître les bonnes saisons et les bons côtés de l’île, sinon on passe ses vacances à regarder une aile posée sur le sable.
Deux saisons de vent, deux visages de l’île
La première erreur que font les gens, c’est de croire que Koh Samui a « une » saison de kite. En réalité, on a deux fenêtres de vent bien distinctes, et chacune ouvre des spots différents.
Novembre à février, c’est la haute saison touristique et la première fenêtre de vent. Les alizés d’est soufflent entre 10 et 20 nœuds, avec une régularité honnête. C’est la période idéale pour débuter : le vent est rarement violent, la mer reste gérable, et les plages du sud-est offrent des conditions clémentes. On est loin du vent garanti tous les jours — il faut compter environ 50 à 60 % de jours ridables — mais quand ça souffle, c’est propre et constant. C’est aussi la période où l’île est la plus agréable dans l’ensemble, donc même les jours sans vent, on ne s’ennuie pas. On peut aller explorer les plages de la côte nord ou s’infliger un cours de Muay Thai pour compenser le manque de glisse.
Mai à octobre, c’est l’autre histoire. Les vents tournent ouest-sud-ouest, montent à 12-25 nœuds, et la côte nord-ouest de l’île se transforme en terrain de jeu. Juin et juillet sont les mois les plus réguliers : environ 70 % de jours ventés. C’est la saison que les kiters confirmés préfèrent. Le vent est plus fort, plus soutenu, et les sessions de trois heures sans interruption ne sont pas rares. Le hic : c’est aussi la saison des pluies. Il faut accepter les averses tropicales, parfois violentes, qui s’abattent en fin d’après-midi. Honnêtement, une fois qu’on est trempé sur sa planche, la pluie est le cadet de nos soucis.
Entre ces deux fenêtres — grosso modo mars-avril et une partie de novembre — le vent est erratique. Certains jours ça souffle, d’autres c’est le calme plat. Si le kite est la raison principale du voyage, mieux vaut éviter ces transitions. Si on vient avant tout pour l’île et qu’on espère rider quelques sessions en bonus, la question du timing mérite d’être creusée.
Les spots de kitesurf : le bon, le moyen et le piège à touristes
Maenam Beach — le spot roi
Si on ne devait garder qu’un seul spot à Koh Samui, ce serait Maenam, sans hésitation. Cette longue bande de sable sur la côte nord offre tout ce qu’un kitesurfeur demande : un fetch suffisant pour que le vent se stabilise, des eaux relativement calmes protégées par Koh Phangan au nord, et surtout une étendue de sable assez vaste pour lancer et poser son aile sans risquer d’emporter un touriste en selfie.
J’ai ridé à Maenam des dizaines de fois, et ce qui me frappe toujours, c’est la régularité du vent une fois qu’il s’installe. Pas de rafales vicieuses, pas de trous soudains. Le vent arrive de manière laminaire sur cette partie de la côte, et ça se sent dans la voile. Les kiters expérimentés apprécient aussi le petit clapot qui permet de décoller pour des sauts sans se battre contre du gros chop.
Le coin est bordé par quelques resorts discrets — le Peace Resort est juste là, les pieds dans le sable — et la route qui longe la plage regorge de petits restaurants locaux où on peut se refaire après une session. Le soir, on file dîner dans un boui-boui de street food à Maenam village, et la journée est parfaite.
Attention quand même : Maenam fonctionne surtout pendant la saison ouest (mai à octobre) et pendant les vents d’est qui traversent du nord. En pleine saison est (décembre-février), le vent arrive parfois de biais et la session peut devenir frustrante.
Nathon Beach — le paradis des débutants
Nathon, sur la côte ouest, est l’endroit où la plupart des écoles de kite emmènent leurs élèves pendant la saison des vents d’ouest. Et pour cause : l’eau est turquoise, peu profonde sur une bonne distance, le fond est sablonneux (pas de corail traître sous les pieds), et des arbres en bord de plage offrent de l’ombre pour les pauses.
Ce qui rend Nathon particulièrement adapté aux débutants, c’est l’entrée dans l’eau. Douce, progressive, sans vagues — on marche longtemps avant d’avoir de l’eau à la taille. Pour les premières tentatives de waterstart, c’est royal. Le vent y est side-shore pendant la saison ouest, ce qui est exactement ce qu’on veut pour apprendre : assez de portance sans se faire envoyer vers le large.
Mon seul bémol sur Nathon : le spot est assez petit, et quand trois écoles débarquent en même temps avec leurs élèves, ça devient vite le bazar. Lignes de kite qui se croisent, planches à la dérive, moniteurs qui hurlent des instructions contradictoires en quatre langues. Si on peut y aller en semaine plutôt que le week-end, c’est nettement plus agréable.
Hua Thanon et Ban Harn Beach — le spot hivernal
Pendant la saison est (novembre à mars), les écoles migrent vers le sud de l’île. Hua Thanon et Ban Harn Beach captent les vents d’est sans obstruction, et ces plages moins fréquentées offrent une tranquillité bienvenue. C’est là que KBA Kiteboarding, la principale école de l’île, installe son camp d’hiver.
Le cadre est plus sauvage que Maenam ou Nathon. Moins de restaurants, moins de commodités, mais aussi moins de monde. On croise parfois des bateaux de pêcheurs locaux, et il faut garder un œil sur les filets qui traînent près du rivage. Une anecdote : j’ai un jour passé vingt minutes à démêler ma leash d’un filet à demi immergé que je n’avais pas vu en partant du bord. Depuis, je fais un repérage systématique avant de mettre à l’eau sur ce spot.
Les spots à éviter pour le kite
Chaweng et Lamai, les plages stars de Koh Samui, sont des pièges pour le kitesurf. Trop de monde, trop de jet-skis, trop de bouées de délimitation, et un vent souvent perturbé par les constructions en bord de plage. On peut y faire du windsurf de manière plus raisonnable (les zones sont mieux délimitées), mais sortir un kite de 12 mètres au milieu des familles en vacances, c’est un accident qui n’attend qu’une victime. À noter aussi la présence de méduses de novembre à janvier sur certaines portions de Lamai — pas dangereux, mais désagréable.
Le windsurf : le parent oublié qui mérite mieux
Le kite a volé la vedette au windsurf à Koh Samui, comme partout ailleurs. C’est dommage, parce que pour le windsurf, l’île offre des conditions quasi parfaites toute l’année — ce que le kite ne peut pas promettre.
Bophut, sur la côte nord, est le spot de windsurf le plus fiable de l’île. Le vent y est rarement nul, et la baie protégée permet de naviguer dans du flat ou du petit clapot selon la saison. C’est aussi un endroit magnifique : la plage de Fisherman’s Village, les bateaux longtail colorés, le Zazen Boutique Resort en toile de fond. On navigue dans un décor de carte postale.
Maenam fonctionne également très bien en windsurf, avec l’avantage d’avoir plus d’espace que Bophut. De novembre à avril, Chaweng et Lamai deviennent aussi praticables en planche à voile — le vent d’est y entre correctement, et les zones de navigation sont mieux régulées que pour le kite.
La grande force du windsurf à Samui, c’est qu’on peut naviguer presque tous les jours de l’année. Le vent de 8-10 nœuds qui ne suffit pas à un kite fait le bonheur d’un véliplanchiste sur une planche de 160 litres avec une voile de 7 mètres carrés. Les jours de vent faible, on prend une grande voile et on cruise. Les jours de vent fort, on passe en freeride. C’est cette polyvalence qui rend le windsurf sous-estimé ici.
Plusieurs centres de sports nautiques proposent la location de matériel de windsurf sur les plages principales. Le matériel n’est pas toujours dernier cri — on trouve souvent des planches et voiles datant de quelques générations — mais c’est suffisant pour des sessions récréatives.
Les écoles : à qui confier sa progression
KBA Kiteboarding Asia
C’est l’école historique de Koh Samui, et probablement la plus sérieuse. KBA a la particularité intelligente de migrer selon les saisons : de novembre à mars, on les trouve sur la côte sud (Hua Thanon / Ban Harn Beach), et d’avril à octobre, ils s’installent côté nord à Nathon Beach. Pendant la saison est, ils utilisent aussi un lagon à l’Ocean Resort pour les cours de débutants — eau plate, pas de courant, conditions idéales pour les premiers vols.
Les moniteurs sont certifiés IKO, parlent anglais (et souvent une ou deux autres langues), et le matériel est renouvelé régulièrement. Le tarif horaire tourne autour de 1 333 THB de l’heure, ce qui est raisonnable pour la région.
Siam Pro Kite
L’alternative à KBA, avec des tarifs légèrement inférieurs (1 300 THB/heure). Siam Pro Kite a bonne réputation auprès des riders intermédiaires qui veulent perfectionner leur technique. Les avis des voyageurs mentionnent régulièrement la patience des instructeurs et la flexibilité des horaires — un vrai plus quand on dépend du vent et qu’il faut parfois décaler une session au dernier moment.
Mahalo Watersports
Plus récent sur la scène, Mahalo propose du kitesurf mais aussi de l’efoil (foil électrique). Si le vent ne coopère pas pendant le séjour, l’efoil est une alternative spectaculaire qui ne dépend pas de la météo. C’est aussi un bon complément pour les jours de vent faible : on peut alterner une session kite le matin quand ça souffle et une session efoil l’après-midi quand c’est retombé.
Mon avis honnête sur les écoles : KBA reste le choix le plus sûr pour un premier cours. Ils connaissent chaque courant, chaque rocher, chaque zone de danger sur les spots qu’ils utilisent. Pour un rider autonome qui cherche juste du matos en location, les trois se valent.
Le SUP, cousin tranquille de la glisse
Pour les jours sans vent — et il y en a — le stand-up paddle est l’alternative évidente. La côte nord de Samui, entre Maenam, Bophut et Choeng Mon, offre des conditions idéales : eau calme et protégée, peu de courant, et des paysages à couper le souffle vus depuis le large. On longe la côte en pagayant, on s’arrête dans une crique, on replonge.
À 300 THB de l’heure, c’est aussi l’activité nautique la moins chère de l’île. Presque chaque plage du nord a un loueur, et aucune expérience préalable n’est nécessaire. C’est le plan B parfait, et franchement, certains matins calmes sur l’eau à Choeng Mon au lever du soleil, le SUP vaut largement une session de kite.
Pour ceux qui veulent combiner glisse et découverte de l’île à un rythme plus contemplatif, une journée SUP le long de la côte nord suivie d’un déjeuner chez Krua Bophut est une combinaison difficile à battre.
Organisation et réservation
Réserver un cours de kite à Koh Samui demande un minimum de souplesse. Le vent dicte tout, et les écoles sérieuses refuseront de vous faire payer une session si les conditions ne sont pas réunies. C’est frustrant quand on n’a qu’une semaine de vacances, mais c’est aussi un gage de professionnalisme.
Pour un premier contact, un message WhatsApp ou Facebook aux écoles fonctionne mieux qu’un email. Elles répondent vite et peuvent donner une prévision vent à 3-4 jours. Il est inutile de réserver des semaines à l’avance — les spots ne sont jamais saturés, même en haute saison. On contacte l’école en arrivant, on regarde la météo ensemble, et on cale les sessions au jour le jour.
Si on séjourne sur la côte nord — Maenam ou Bophut — on est idéalement placé pour les deux saisons. Le Six Senses est perché plus au nord-est et offre un cadre spectaculaire, mais il faut compter 20 minutes de route pour rejoindre les spots de kite. L’Anantara Lawana à Chaweng Noi est magnifique, mais excentré pour la glisse. Pour un séjour orienté kite, Maenam reste le meilleur compromis : on est sur le spot et à proximité de tout.
Un conseil que j’aurais aimé recevoir avant mon premier cours : prévoyez au moins trois jours consécutifs de cours si on débute. Un cours isolé de deux heures permet de découvrir le kite, mais c’est trop court pour atteindre l’autonomie. La formule trois jours permet de consolider les acquis d’une session à l’autre, et c’est là que le déclic se produit.
Conseils pratiques
La crème solaire est l’ennemi du kitesurfeur à Samui. Pas parce qu’il ne faut pas en mettre — au contraire, le soleil tropical est impitoyable — mais parce que la crème classique rend les mains glissantes sur la barre. Il existe des crèmes solaires sport waterproof qui ne graissent pas, et ça vaut le coup d’en acheter avant le voyage. On en trouve difficilement sur place.
Les chaussures de reef ne sont pas indispensables sur les spots principaux (fonds sablonneux), mais je les recommande à Hua Thanon où on croise parfois des oursins et des coquillages coupants. Un lycra anti-UV est plus confortable qu’un t-shirt qui colle et frotte après deux heures d’eau salée.
Pour la question des méduses : de novembre à janvier, on croise parfois des box jellyfish sur les côtes est et sud. Ce n’est pas systématique et les piqûres des espèces locales sont rarement graves, mais c’est une réalité qu’il faut mentionner. Les écoles de kite surveillent la situation et annulent si le risque est élevé. Un lycra long ou une combinaison légère protège efficacement.
L’hydratation est un sujet qu’on sous-estime massivement. On est dans l’eau, on ne sent pas qu’on transpire, et pourtant on se déshydrate à vitesse grand V sous le soleil tropical. J’ai vu plus d’un rider finir aux urgences pour un coup de chaleur après une longue session. On boit avant, pendant (pause sur la plage toutes les heures) et après. Et pas de bière avant la session, même si c’est tentant — la déshydratation combinée à l’alcool, c’est la recette de la catastrophe.
Dernier point : le respect des zones de baignade. À Samui, les plages ne sont pas toujours clairement délimitées entre nageurs et sports nautiques. C’est au kitesurfeur de maintenir la distance de sécurité. Un kite qui s’écrase dans une zone de baignade, c’est potentiellement très dangereux. Les écoles l’enseignent, mais les riders autonomes doivent garder cette vigilance en permanence.
Infos pratiques
| Information | Détails |
|---|---|
| Saison kitesurf (est) | Novembre à février, vent 10-20 nœuds |
| Saison kitesurf (ouest) | Mai à octobre, vent 12-25 nœuds, pic en juin-juillet |
| Meilleur spot débutants | Nathon Beach (côte ouest) |
| Meilleur spot confirmés | Maenam Beach (côte nord) |
| Windsurf toute l’année | Bophut, Maenam |
| Cours d’essai kitesurf | ~4 500 THB / 2 heures |
| Stage débutant 3 jours | ~15 000 THB |
| Tarif horaire moyen | 1 300 – 1 333 THB/heure |
| Location matériel kite | ~4 000 THB/jour |
| Location SUP | 300 THB/heure |
| Écoles principales | KBA Kiteboarding Asia, Siam Pro Kite, Mahalo Watersports |
| Langues parlées | Anglais, thaï, souvent allemand et français |
Notre avis
Koh Samui ne sera jamais dans le top 10 mondial des destinations kitesurf, et il faut le dire clairement. Si on cherche du vent garanti à 95 % et des conditions parfaites chaque jour, on va à Mui Ne, à Boracay ou à Tarifa. Samui, c’est une autre proposition : on vient pour l’île dans son ensemble — la bouffe, les plages, l’ambiance, le yoga au lever du soleil, les randonnées vers les viewpoints — et le kite ou le windsurf s’intègre dans un séjour plus large.
Et dans cette optique, c’est un spot formidable. L’eau chaude, le cadre tropical, le faible nombre de riders sur l’eau, la gentillesse des instructeurs locaux — tout ça crée une expérience de glisse détendue qu’on ne retrouve pas dans les spots surpeuplés d’Europe. J’ai appris le kite à Essaouira et j’ai perfectionné à Samui, et honnêtement, mes meilleures sessions restent ici. Pas les plus techniques, pas les plus ventées, mais celles où le sourire ne quitte pas le visage.
Pour les débutants, Samui est un excellent choix : les conditions sont douces, les écoles compétentes, et le cadre rend l’apprentissage ludique plutôt que stressant. Pour les confirmés, c’est une destination de « kite détente » à intégrer dans un voyage en Thaïlande — on ride le matin, on mange un pad thai de compétition à midi, on explore un temple l’après-midi. On ne viendra pas battre des records, mais on passera un séjour dont on se souviendra.
Le windsurf, lui, mériterait franchement qu’on lui redonne ses lettres de noblesse ici. Les conditions y sont plus régulières que pour le kite, le matériel est disponible, et naviguer dans la baie de Bophut au coucher du soleil vaut toutes les stories Instagram du monde.
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Le windsurf est possible mais pas idéal à Samui. Si c’est votre passion, mieux vaut aller à Hua Hin ou Jomtien.
Bon spot pour débuter le kite grâce aux vents modérés. Les pros s’ennuieront peut-être mais pour apprendre c’est parfait.
On a essayé le wing foil à Maenam, sport du futur ! Moins de vent nécessaire que le kite et les sensations sont folles.
École de kite à Nathon, moniteur allemand très pro. 3 jours de cours et je tenais debout ! Environ 12000 bahts le pack.