Il y a des restaurants qu’on recommande parce qu’ils sont exceptionnels. Il y en a d’autres qu’on recommande parce qu’ils font partie du paysage, et que sans eux, quelque chose manquerait. Krua Bophut appartient à cette deuxième catégorie. Ce n’est pas le meilleur restaurant de Koh Samui — on le dit d’emblée, et on y reviendra. Mais c’est un endroit où on retourne, saison après saison, depuis plus de quinze ans qu’il est planté là, à l’extrémité ouest du Fisherman’s Village, avec ses pirogues de pêcheurs qui sèchent à quelques mètres des tables et cette odeur de citronnelle qui se mêle à l’air salin dès qu’on franchit l’entrée.
On se souvient de la première fois. C’était un vendredi soir, probablement en 2012 ou 2013. On sortait du marché nocturne, saturés de pad thai à 50 bahts et de brochettes grillées, et un ami qui vivait déjà sur l’île depuis dix ans nous avait dit : « Venez, on va juste boire un verre chez Krua Bophut, vous verrez l’endroit. » On n’a pas bu qu’un verre. On s’est retrouvés assis dans le sable, pieds nus, une Singha à la main, avec le bruit des vagues comme seule musique de fond, et on a commandé un tom yum goong « juste pour goûter ». Trois plats plus tard, on avait compris pourquoi cet endroit avait survécu à tout — aux tsunamis économiques, aux modes culinaires, aux restaurants fusion qui ouvrent et ferment comme des parapluies à Samui.
Depuis, Krua Bophut est devenu un de ces repères. Pas un coup de coeur aveugle, mais un endroit qu’on connaît suffisamment bien pour savoir exactement quoi y commander, quand y aller, et — surtout — quand éviter d’y mettre les pieds.
Le cadre : une maison thai centenaire entre village et plage
Commençons par ce qui fait la vraie force de Krua Bophut, parce que ce n’est pas la cuisine — c’est l’endroit lui-même.
Le restaurant occupe une ancienne maison thai en teck, au bout du Fisherman’s Village, côté ouest. Le bâtiment est authentique : boiseries sculptées, poutres sombres patinées par des décennies de sel marin, une architecture qui rappelle les maisons royales du Sud de la Thaïlande. Ce n’est pas un décor de restaurant thaïlandais pour touristes, avec des éléphants dorés et des lanternes en papier achetées en gros sur Lazada. C’est une vraie structure historique, et quand on dîne à l’intérieur, sous les ventilateurs qui brassent un air lourd de mousson, on a l’impression de manger chez quelqu’un. Un quelqu’un qui aurait des goûts assez sûrs en matière de décoration intérieure.
Mais soyons honnêtes : personne ne vient chez Krua Bophut pour manger à l’intérieur. L’intérieur, c’est le plan B quand il pleut, et même les soirs de pluie tropicale, on hésite, parce qu’il y a cette terrasse couverte qui donne sur la plage et qui permet de rester au sec tout en sentant les embruns.
Le vrai spectacle, c’est la plage. Les tables sont disposées directement sur le sable, avec des éclairages tamisés — des bougies, des lampions discrets, rien d’agressif. On enlève ses chaussures, on enfonce ses orteils dans le sable tiède, et on regarde le golfe de Thaïlande s’éteindre progressivement. Des yachts passent au large. Des pirogues de pêcheurs rentrent au port. Le soleil descend derrière Koh Phangan, et pendant vingt minutes, le ciel fait ce truc insensé qu’il ne fait qu’en Asie du Sud-Est — ce dégradé d’orange, de rose et de violet qui donnerait envie de pleurer à un photographe de National Geographic.
C’est dans ces moments-là que Krua Bophut justifie son existence. On est assis là, un cocktail à la main, le sable entre les orteils, et on se dit que oui, on a bien fait de s’installer sur cette île. C’est un sentiment que même les restaurants gastronomiques comme Dining on the Rocks — avec leurs plats sophistiqués et leurs additions qui donnent le vertige — ne réussissent pas toujours à provoquer.
Notre opinion tranchée numéro un : pour un dîner romantique les pieds dans le sable à Bophut, Krua Bophut reste imbattable. Les hôtels voisins comme l’Anantara Bophut ou le Zazen proposent des expériences plus raffinées, mais à des prix deux ou trois fois supérieurs. Ici, pour 800 bahts par personne en mangeant bien, on a le même coucher de soleil, le même sable, et le même bruit de vagues. Le rapport cadre-prix est franchement difficile à battre.
L’emplacement : au coeur du Fisherman’s Village, pour le meilleur et pour le pire
Le Fisherman’s Village de Bophut, pour ceux qui ne connaissent pas encore, c’est ce petit quartier de pêcheurs reconverti en zone touristique charmante, avec ses shophouses chinoises centenaires, ses boutiques de créateurs locaux et ses galeries d’art coincées entre une école de plongée et un barbier hipster. C’est la face aimable du tourisme à Samui — loin du chaos de Chaweng, loin des prix délirants de Choeng Mon, et avec une atmosphère de village qui, malgré la gentrification, reste tangible.
Krua Bophut se trouve au 16/16 Moo 1, Tambol Bophut, tout au bout de la rue principale du village côté ouest. L’adresse a son importance, parce que le restaurant est idéalement situé pour combiner un dîner avec une promenade au marché du vendredi soir — le fameux Friday Walking Street Market qui, chaque semaine, transforme la rue principale en un fleuve humain de touristes et de locaux entre 17h et 23h.
C’est ici qu’on arrive au « pour le pire » du titre.
Le vendredi soir, le Fisherman’s Village devient bruyant. Très bruyant. Les vendeurs de street food s’installent, les fire shows commencent près du Wharf, et surtout — surtout — les bars de plage voisins montent le volume. On a eu des soirées chez Krua Bophut où la douceur des vagues était noyée sous un beat techno venu du bar d’à côté, à un volume qui ferait passer un festival de musique électronique pour une séance de méditation. C’est le genre de nuisance sonore qui peut transformer un dîner romantique en épreuve de patience.
Notre conseil, forgé par l’expérience : le vendredi soir, réservez tôt. Très tôt. Vers 17h30-18h, on peut encore profiter du coucher de soleil et d’un moment de relative tranquillité avant que la machine nocturne se mette en marche. Passé 20h un vendredi, il faut aimer le bruit ambiant ou accepter de crier pour se faire entendre par la personne assise en face de soi. Les meilleurs soirs pour y dîner, en réalité, ce sont les mardis et mercredis — le village retrouve son calme, les tables de plage sont à moitié vides, et on a le sentiment rare d’avoir un bout de plage pour soi.
Pour les résidents de l’île qui logent dans d’autres quartiers, le trajet est simple. Depuis Chaweng, comptez vingt minutes en scooter. Depuis Lamai, plutôt trente. Le parking est le problème habituel du Fisherman’s Village — c’est-à-dire qu’il n’y en a pas vraiment, surtout le vendredi. On finit toujours par garer son scooter à deux cents mètres et marcher. En voiture, c’est pire.
La cuisine : du bon, du très bon, et du passable
Parlons maintenant de ce qui est dans l’assiette, et soyons précis, parce que chez Krua Bophut, tout ne se vaut pas.
La carte est vaste — trop vaste, pourrait-on dire, comme dans beaucoup de restaurants thaïlandais qui essaient de couvrir tous les classiques. On y trouve les soupes, les currys, les sautés, les fritures, les salades, les fruits de mer, les grillades. Le spectre complet de la cuisine thai, du nord au sud, avec quelques concessions aux palais occidentaux qui font grincer les puristes. Les prix oscillent entre 150 et 600 bahts par plat à la carte, ce qui reste raisonnable pour un restaurant avec vue sur mer à Samui. Comptez 400 à 500 bahts par personne pour un repas complet hors boissons, ou jusqu’à 800 bahts si vous ajoutez du poisson frais entier et quelques bières.
Il existe aussi des menus fixes — le Set Menu A à 1 100 bahts par personne et le Set Menu B à 1 200 bahts — qui incluent entrée, soupe, plat principal, légumes et dessert. Honnêtement, on ne les a jamais pris. On préfère composer à la carte et se concentrer sur les plats qui valent vraiment le détour.
Ce qu’il faut commander
Le tom yum goong est la signature de la maison, et à juste titre. C’est un tom yum généreux, chargé en crevettes, avec une vraie profondeur de saveurs — l’acidité du citron vert, le piquant du piment, le parfum de la citronnelle et du galanga. Il est servi brûlant, dans un bol en métal posé sur une flamme, et par les soirs de brise marine, cette vapeur aromatique qui monte du bol est un plaisir en soi. Ce n’est pas le meilleur tom yum qu’on ait mangé en Thaïlande — ce titre revient à un boui-boui de Bangkok dont on a oublié l’adresse — mais c’est un tom yum solide, bien exécuté, qui ne triche pas.
Les crevettes crues épicées à la sauce poisson — le Spicy Fresh Raw Shrimps in Fish Sauce — sont le plat qui divise. Soit on adore, soit on passe son tour. On est dans le camp des adorateurs. Les crevettes sont fraîches — vraiment fraîches, pêchées le matin même par les pêcheurs de Bophut — et la sauce est un équilibre délicat entre le piquant, l’acidité et l’umami du nam pla. Un voyageur sur TripAdvisor a qualifié ce plat de « digne d’un Michelin » et lui a donné un 11 sur 10. C’est peut-être un peu excessif, mais on comprend l’enthousiasme. C’est le genre de plat qui rappelle pourquoi la cuisine thai, quand elle est faite avec des produits frais et sans compromis, n’a besoin d’aucune sophistication pour être remarquable.
Le snapper frit entier est l’autre valeur sûre. Un poisson entier, croustillant à l’extérieur, tendre et juteux à l’intérieur, servi avec une sauce aux trois épices qui relève le tout sans masquer la saveur du poisson. Ici, l’avantage géographique de Krua Bophut joue à plein : être dans un village de pêcheurs signifie que le poisson n’a pas fait trois jours de camion frigorifique avant d’arriver dans la poêle. On le sent.
Le massaman curry est une réussite. Riche, onctueux, avec des notes de noix de coco, de tamarin et de cacahuète qui s’entrecroisent. C’est un plat réconfortant, idéal quand la brise marine se rafraîchit en fin de soirée. Le green curry au poulet est honnête, sans plus — correct dans son exécution, mais sans la profondeur qui ferait dire « il faut absolument goûter celui-là ». Le deep-fried soft crab avec ail et poivre est spectaculaire dans l’assiette et décent en bouche, mais on a eu mieux dans des restaurants de fruits de mer plus spécialisés du côté de Nathon.
Les entrées — spring rolls, tempura de crevettes, brochettes de poulet grillé — font le travail sans surprendre. Ce sont des exécutions propres de classiques thai, parfaites pour ouvrir le repas avec une bière et un coucher de soleil, mais rien qui mérite un détour en soi.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Notre opinion tranchée numéro deux : le poulet sauté aux noix de cajou est le plat le plus décevant de la carte. On l’a commandé à trois reprises au fil des années, espérant chaque fois que c’était un mauvais jour. Ce n’était pas un mauvais jour. C’est un plat fade, sans relief, avec un poulet qui manque de texture et une sauce qui goûte vaguement le soja sucré sans aucune complexité. Quand on compare au cashew chicken qu’on peut trouver dans n’importe quel petit restaurant de rue à Lamai pour 80 bahts, c’est difficile à justifier à trois fois le prix dans un cadre plus chic. Passez votre chemin et prenez le massaman à la place.
Plus globalement, c’est le reproche qu’on peut faire à une partie de la carte : une tendance à adoucir les saveurs pour les palais occidentaux. Les plats marqués « spicy » ne sont pas toujours aussi épicés qu’ils le devraient, et certains sautés manquent de cette franchise gustative qui fait la gloire de la cuisine thai quand elle est servie sans filet. Si vous aimez la cuisine relevée, n’hésitez pas à demander « Thai spicy » au moment de la commande — les cuisiniers savent faire, il suffit de le demander.
Un dernier mot sur les crevettes au tamarin : elles sont bonnes, mais un client régulier nous a un jour confié qu’il les trouvait « un peu en retrait côté saveurs ». On est d’accord. Elles mériteraient un peu plus d’audace dans l’assaisonnement, un cran supplémentaire d’acidité ou de caramélisation qui les ferait passer de « bonnes » à « mémorables ».
Le service : chaleureux, mais il faut savoir attendre
Le service chez Krua Bophut est à l’image de beaucoup de restaurants thaïlandais de cette gamme : chaleureux, souriant, bien intentionné, et pas toujours fluide. Les serveurs et serveuses sont gentils, vraiment. On se sent accueilli, pas comme un numéro de table. On nous a même reconnus après quelques visites — ce genre de détail qui fait qu’on se sent un peu chez soi.
Mais il faut être patient. Le timing du service est le point faible récurrent, et on ne parle pas d’un soir exceptionnel — c’est un schéma que l’on constate régulièrement. L’arrivée et l’installation sont rapides. La carte arrive dans un délai raisonnable. Les boissons aussi. Les entrées débarquent assez vite. Et puis… il y a un trou. Un long trou. Entre les entrées et les plats principaux, on peut attendre vingt à trente minutes sans nouvelles, en se demandant si la cuisine nous a oubliés. Elle ne nous a pas oubliés — c’est juste que tout est préparé au wok à la minute, et quand le restaurant est plein, les feux de la cuisine tournent à plein régime.
Notre conseil : ne commandez pas tout en même temps. Commandez les entrées et les boissons d’abord, profitez du coucher de soleil, et lancez les plats principaux quand les entrées arrivent. Ça lisse le temps d’attente et ça transforme un léger défaut logistique en rythme de dîner agréable.
Un soir — et c’est l’anecdote qu’on garde de cet endroit — on avait invité un couple d’amis fraîchement débarqués de Paris. Il faisait nuit, la plage était éclairée par les bougies, et entre les entrées et les plats, alors qu’on commençait à s’impatienter légèrement, un feu d’artifice a éclaté depuis un hôtel voisin. Pas un petit feu d’artifice timide — un vrai spectacle pyrotechnique qui a duré cinq minutes, avec des reflets sur l’eau et des exclamations autour de nous. On a appris plus tard que c’est assez courant — les hôtels du coin tirent des feux d’artifice vers 19h30 ou 21h30 certains soirs. L’attente entre les plats est devenue le meilleur moment de la soirée, et nos amis parisiens ont passé le reste de leurs vacances à raconter ce dîner. Parfois, les défauts d’un endroit finissent par faire partie de son charme.
L’ambiance : romance, oui, mais sous conditions
On a beaucoup lu, dans les avis en ligne, que Krua Bophut est « l’un des restaurants les plus romantiques du Fisherman’s Village ». C’est vrai. Avec des astérisques.
Quand tout s’aligne — un soir de semaine calme, pas de musique agressive du bar voisin, une table bien placée face à la mer, des bougies qui tiennent malgré la brise, un ciel dégagé — oui, c’est un endroit d’une beauté simple et sincère. La lumière tamisée, le murmure des vagues, la musique douce en arrière-plan, le sable sous les pieds : tous les ingrédients du romantisme tropical sont là, sans le côté surmis en scène qu’on trouve dans les restaurants d’hôtels de luxe.
Mais quand ça ne s’aligne pas — un vendredi soir de haute saison, les basses du bar voisin qui font vibrer les verres, trois tables de familles avec enfants autour de vous, et le va-et-vient des promeneurs du marché nocturne — c’est un tout autre film. On n’est plus dans le romantisme intimiste, on est dans l’animation de village de vacances.
Notre opinion tranchée numéro trois : Krua Bophut est un excellent restaurant romantique environ 60% du temps. Les 40% restants, c’est un restaurant agréable dans un cadre sympa, point. La différence se joue entièrement sur le choix du soir et de l’heure. Un mardi à 18h30, c’est magique. Un vendredi à 21h, c’est un dîner correct dans un environnement bruyant. On ne dit pas qu’il ne faut pas y aller le vendredi — la combinaison marché + dîner sur la plage est une soirée formidable à Samui — mais il ne faut pas y aller un vendredi en espérant le dîner romantique de sa lune de miel. Pour ça, réservez un mardi.
Pour les familles, en revanche, l’endroit fonctionne bien quel que soit le soir. Les enfants adorent manger pieds nus dans le sable, la carte est suffisamment variée pour contenter même les petits mangeurs, et l’atmosphère décontractée fait que personne ne vous regarde de travers si votre gamin de quatre ans décide de construire un château de sable entre le plat et le dessert.
Krua Bophut et ses voisins : où se situe-t-il vraiment ?
On vit sur cette île depuis suffisamment longtemps pour avoir mangé dans à peu près tous les restaurants du Fisherman’s Village, et il nous semble honnête de situer Krua Bophut dans son écosystème.
En termes de cuisine pure, ce n’est pas le meilleur restaurant thai du quartier. Il y a des adresses moins connues, plus petites, sans vue sur mer, qui proposent une cuisine plus authentique et plus audacieuse. Krua Bophut joue dans la catégorie « cuisine thai correcte à bonne dans un cadre exceptionnel », et non dans la catégorie « cuisine thai exceptionnelle dans un cadre quelconque ». C’est une distinction importante.
En termes de cadre, en revanche, il est très difficile à battre dans sa gamme de prix. Les restaurants d’hôtels comme ceux du Hansar Samui proposent des expériences plage comparables mais à des tarifs nettement supérieurs. Les beach bars comme Coco Tam’s offrent une ambiance plage décontractée mais avec une carte moins ambitieuse. Krua Bophut occupe un créneau intermédiaire assez unique : une vraie cuisine thaïlandaise servie à table, les pieds dans le sable, à des prix qui restent accessibles.
En termes de rapport qualité-cadre-prix, c’est là que Krua Bophut tire son épingle du jeu. Pour un dîner complet à deux avec boissons autour de 2 000 à 2 500 bahts — soit environ 55 à 70 euros — on obtient une soirée complète : coucher de soleil, pieds dans le sable, cuisine thai honnête, et un sentiment de plénitude qui vaut son pesant de bahts. Comparez ça aux 5 000-8 000 bahts que coûterait une expérience similaire dans un restaurant haut de gamme comme The Cliff, et vous comprenez pourquoi cet endroit attire autant de monde depuis quinze ans.
Les soirs de pleine lune et autres moments de grâce
On a mentionné les feux d’artifice impromptus, mais il y a d’autres moments où Krua Bophut devient quelque chose de plus qu’un simple restaurant.
Les soirs de pleine lune, quand le disque argenté se lève au-dessus de Koh Phangan et trace un chemin lumineux sur l’eau noire du golfe, l’endroit prend une dimension presque irréelle. On mange son green curry en regardant cette lumière danser sur les vagues, et on oublie complètement qu’on est dans un restaurant noté 4.0 sur TripAdvisor avec un service parfois lent et un poulet aux noix de cajou décevant. Ce sont des moments comme ceux-là qui expliquent pourquoi on revient.
Il y a aussi les soirs de basse saison, en septembre ou octobre, quand les touristes se font rares et que le restaurant est à moitié vide. On a alors le luxe d’une table en première ligne, face à la mer, sans aucun voisin. Le personnel est plus détendu, plus disponible. Le rythme ralentit. On commande un plat, on attend, on regarde la mer, on commande un autre plat. Le dîner s’étire sur deux heures, sans que personne ne nous presse. C’est la meilleure version de Krua Bophut — celle qu’on ne trouve dans aucun guide touristique parce que les guides sont écrits pour la haute saison.
Les points de vigilance
Par honnêteté, on doit mentionner un sujet qui revient occasionnellement dans les avis en ligne : la sécurité alimentaire. On a lu quelques témoignages de voyageurs ayant eu des problèmes gastriques après un repas ici. En presque quinze ans de fréquentation régulière, on n’a personnellement jamais eu le moindre souci. Mais il faut reconnaître que le risque existe, comme dans tout restaurant qui sert des fruits de mer frais et des plats crus sous un climat tropical. Les crevettes crues, en particulier, sont un plat qui ne pardonne pas si la chaîne du froid est rompue. Notre approche : on fait confiance à notre instinct. Si le restaurant est plein et les produits tournent vite, on commande sans hésiter. Si c’est un soir très calme et qu’on se demande depuis combien de temps les crevettes attendent, on opte pour les plats cuits.
Par ailleurs, il faut savoir que Krua Bophut est victime de son succès en haute saison. De décembre à février, l’endroit peut être bondé, et le service en souffre. Les temps d’attente s’allongent, le personnel court dans tous les sens, et l’expérience perd une partie de sa douceur. La réservation est alors indispensable, surtout les vendredis et samedis soirs. On recommande d’appeler le +66 (0) 77 430 030 au moins le matin pour le soir même, et un jour à l’avance le week-end en haute saison.
Pour qui ? Et surtout, quand ?
Krua Bophut convient à presque tout le monde, mais pas dans les mêmes conditions.
Pour les couples en quête de romance, c’est un choix sûr en semaine et en début de soirée. Arrivez pour le coucher de soleil, demandez une table sur la plage, et laissez la magie opérer. C’est un premier dîner de vacances idéal — celui qui pose le ton pour le reste du séjour.
Pour les familles, c’est un excellent choix quel que soit le soir. Le sable est un terrain de jeu naturel pour les enfants, la carte est accessible, et l’ambiance est suffisamment décontractée pour que personne ne stresse si un verre de jus de mangue se renverse.
Pour les groupes d’amis, le vendredi soir est en fait le meilleur moment : on commence par le marché, on mange chez Krua Bophut, et la soirée se poursuit naturellement dans les bars du village. C’est une des meilleures soirées qu’on puisse passer à Samui sans se ruiner.
Pour les gastronomes exigeants qui cherchent une cuisine thai d’exception, il faut être lucide : ce n’est pas ici qu’on la trouvera. On ira plutôt chercher les petites adresses de rue qui ne paient pas de mine mais dont les woks racontent une autre histoire. Krua Bophut offre une cuisine honnête dans un cadre magnifique. C’est un deal, et il faut l’accepter pour ce qu’il est.
Pour les voyageurs qui séjournent à Bophut — que ce soit à l’Anantara, au Zazen ou dans l’un des nombreux hôtels du quartier — Krua Bophut est une sortie de soirée évidente, à portée de marche, sans besoin de taxi ni de scooter.
Infos pratiques
| Cuisine | Thaïlandaise traditionnelle, fruits de mer, Sud de la Thaïlande |
| Adresse | 16/16 Moo 1, Tambol Bophut, Fisherman’s Village, Koh Samui |
| Téléphone | +66 (0) 77 430 030 |
| Horaires | Tous les jours, 14h00 – 23h00 |
| Budget moyen | 400-800 THB par personne (11-22 EUR environ) |
| Menus fixes | Set A : 1 100 THB++ / Set B : 1 200 THB++ par personne |
| Réservation | Recommandée, indispensable vendredi et week-end en haute saison |
| Cadre | Intérieur (maison thai en teck), terrasse, tables sur la plage |
| Idéal pour | Couples, familles, groupes d’amis |
| Notes voyageurs | TripAdvisor 4.0/5 (1 600+ avis) · Google 4.2/5 (700+ avis) · Travellers’ Choice 2025 |
| Parking | Inexistant sur place — prévoir de se garer à quelques minutes à pied |
Notre verdict
Krua Bophut n’est pas un restaurant parfait, et on espère avoir été assez clair là-dessus. La cuisine est inégale — brillante sur les fruits de mer frais et les classiques bien exécutés, décevante sur certains plats où les saveurs sont édulcorées pour un public international. Le service est chaleureux mais souffre de trous de rythme qui peuvent agacer les impatients. Et la nuisance sonore des bars voisins certains soirs est un vrai problème qui mériterait une solution.
Mais voilà : après toutes ces années, après avoir testé des dizaines de restaurants à Samui — des paillotes de plage aux tables étoilées, des gargotes de bord de route aux terrasses d’hôtels cinq étoiles — Krua Bophut reste dans notre rotation. Pas parce qu’on n’a pas trouvé mieux, mais parce que ce que cet endroit offre, personne d’autre ne l’offre tout à fait de la même manière. Ce mélange de cuisine thai honnête, de sable entre les orteils, de coucher de soleil sur le golfe, de boiseries centenaires et de prix raisonnables, c’est une formule qui fonctionne. C’est une formule qui a fonctionné pendant quinze ans, et qui fonctionnera sans doute encore longtemps.
On y retournera la semaine prochaine. Probablement un mardi. On commandera un tom yum goong, des crevettes crues épicées, et un poisson entier frit. On enlèvera nos chaussures, on enfoncera nos pieds dans le sable, et on regardera le soleil se coucher sur Koh Phangan. Et pendant quelques heures, on oubliera que le poulet aux noix de cajou est fade et que le service est un peu lent.
C’est à ça que sert un bon restaurant, au fond. Pas seulement à nourrir, mais à faire oublier le reste.
À lire aussi : Dining on the Rocks : la haute cuisine face à l’infini, The Cliff Bar & Grill : grillades avec vue, Coco Tam’s : ambiance bohème sur la plage

Réservez pour le dîner, surtout les soirs de walking street. C’est petit et ça se remplit vite.
On y dîne chaque fois qu’on passe à Fisherman’s Village. Le massaman au canard est notre plat fétiche.
D’accord avec l’article, c’est le meilleur restaurant thaï de Bophut. Merci pour la recommandation !
Service impeccable et attentionné. On nous a même offert un dessert pour l’anniversaire de ma femme.
Le tom yum goong est une tuerie. Probablement le plus parfumé de tout Samui.
Excellente adresse pour goûter à la vraie cuisine thaïe raffinée. Loin des pad thai industriels pour touristes.
Krua Bophut est un joyau de Fisherman’s Village. La déco royale thaïe est magnifique et la cuisine à la hauteur.
Les prix sont un peu plus élevés que les restos voisins mais la qualité justifie largement la différence.