Il y a des nuits à Koh Samui où le golfe de Thaïlande s’allume comme un stade de foot. Des centaines de bateaux alignent leurs LED vertes au-dessus de l’eau, et le spectacle est tellement intense qu’on le voit depuis la Station spatiale internationale. Ce n’est pas une métaphore : les astronautes photographient régulièrement cette nappe de lumière verte qui flotte au large de Surat Thani. Et on peut en faire partie pour moins de 2 000 bahts.
La pêche au calamar nocturne est l’une de ces activités qu’on ne trouve nulle part dans les guides classiques, mais qui figure dans les souvenirs de tous ceux qui l’ont tentée. C’est brut, c’est imprévisible, et certaines nuits, on rentre les mains vides. Mais quand ça mord — ou plutôt quand ça s’accroche — c’est un plaisir difficile à expliquer.
Comment ça marche : la technique du jigging sous lumières vertes
Le principe de la pêche au calamar de nuit repose sur une chaîne alimentaire simple qu’on provoque artificiellement. Le bateau s’ancre en pleine mer, généralement à 20-40 minutes des côtes, et allume de puissantes guirlandes de LED vertes qui plongent sous la surface. La lumière attire le phytoplancton. Le phytoplancton attire le zooplancton. Le zooplancton attire les petits poissons. Et les petits poissons attirent les calamars, qui sont des prédateurs voraces et curieux.
On ne pêche pas avec un appât classique. La technique utilisée s’appelle le jigging : on utilise un leurre métallique non appâté, une sorte de petit poisson artificiel hérissé de couronnes d’aiguilles. On le jette à l’eau, on le laisse descendre, puis on le remonte par à-coups secs. Le calamar, attiré par le mouvement et la réflexion de la lumière sur le métal, enveloppe le leurre de ses tentacules et se retrouve piégé par les aiguilles. Pas d’hameçon au sens traditionnel — c’est plus un piège qu’une prise à proprement parler.
La première fois que j’ai senti un calamar se fixer sur mon jig, j’ai cru que j’avais accroché un sac plastique. C’est mou, ça résiste mollement, et puis d’un coup ça tire par pulsations. Le guide m’a dit de remonter doucement, régulièrement, sans à-coups. Le calamar est sorti de l’eau en projetant un jet d’encre noire qui m’a aspergé le short et les jambes. Les guides ont éclaté de rire. Apparemment, c’est un classique — le baptême du débutant.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le calamar ne mord pas. Il attrape. Et s’il décide de lâcher, il lâche. Il n’y a aucun moyen de le forcer. C’est une pêche de patience et de douceur, ce qui la rend accessible à tout le monde — y compris les enfants et les gens qui n’ont jamais tenu une canne à pêche.
L’expérience en détail : du coucher de soleil au retour au port
Le départ
Les excursions partent généralement depuis la zone de Mae Nam ou de Bophut, sur la côte nord de l’île. Si on séjourne au Zazen Boutique Resort ou au Peace Resort, on est littéralement à cinq minutes du point d’embarquement. La plupart des opérateurs incluent le transfert aller-retour depuis l’hôtel, donc même si on loge du côté de Chaweng ou Lamai, ce n’est pas un problème.
Le départ se fait en fin d’après-midi, vers 17h-17h30. Le trajet en longtail ou en bateau de pêche prend 20 à 40 minutes selon le spot choisi par le capitaine. Cette première partie du voyage est déjà un moment à part : on traverse le golfe de Thaïlande dans la lumière dorée de fin de journée, avec l’île qui s’éloigne lentement derrière soi. Si on est chanceux avec le timing, on assiste au coucher de soleil depuis le bateau. Le retour de certaines randonnées sur l’île offre des vues similaires, mais depuis la mer, c’est différent — plus intime.
L’installation
Une fois le bateau ancré, l’équipage installe les lumières vertes. C’est un moment presque théâtral : en quelques secondes, la mer autour du bateau passe du noir absolu à un vert phosphorescent. On voit les premiers bancs de petits poissons arriver en quelques minutes, attirés comme des papillons de nuit. Les guides distribuent le matériel — des cannes courtes, des jigs, des explications en anglais (parfois approximatif, mais toujours compréhensible). On reçoit aussi un gilet de sauvetage, ce qui est rassurant.
Avant que la pêche ne commence vraiment, la plupart des tours servent un repas. On parle de riz frit, de brochettes, de fruits, de boissons fraîches. Certains opérateurs poussent le vice jusqu’à proposer du calamar grillé — oui, on mange du calamar en attendant de pêcher du calamar. L’ironie n’échappe à personne sur le bateau.
La pêche
Soyons honnêtes : la pêche elle-même peut être fantastique ou franchement ennuyeuse. Ça dépend de la nuit, de la marée, de la lune, de la saison, et probablement d’une dizaine de facteurs que même les pêcheurs locaux ne maîtrisent pas totalement.
Les bonnes nuits, on remonte un calamar toutes les cinq minutes. Le bateau entier est en effervescence, les gens crient, l’encre vole partout, les guides courent d’un passager à l’autre pour aider à décrocher les prises. J’ai connu une nuit de mars où on a sorti plus de trente calamars en deux heures. L’adrénaline était réelle.
Les mauvaises nuits — et il faut le dire clairement — on passe deux heures à fixer l’eau verte en attendant qu’il se passe quelque chose. Lors de ma deuxième sortie, on a passé la soirée à boire du thé glacé en regardant les étoiles. C’était beau, mais ce n’était pas de la pêche. Un voyageur que j’ai croisé en début d’année m’a raconté exactement la même chose : une sortie bien organisée, un bon repas, une ambiance sympathique, mais une pêche décevante avec trois calamars minuscules pour tout le bateau.
Le temps de pêche effectif est d’environ deux à trois heures. Pas plus. Certains opérateurs annoncent quatre ou cinq heures de sortie, mais entre le trajet aller, l’installation, le repas, le rangement et le trajet retour, le temps réellement passé la ligne à l’eau est plus court qu’on ne l’imagine. C’est un point sur lequel plusieurs voyageurs ont exprimé leur déception, et je pense que c’est légitime. On paie pour pêcher, pas pour naviguer.
Le retour
Le retour au port se fait généralement entre 21h et 22h. On peut emporter ses prises — les guides les nettoient et les mettent dans un sac plastique. Si on loge dans un hôtel avec kitchenette, on peut les cuisiner le lendemain. Sinon, certains restaurants de bord de mer acceptent de préparer la prise du client moyennant un petit supplément pour la cuisson. La cuisine de rue de Koh Samui, notamment du côté de Bophut, regorge de stands qui sauront exactement quoi faire d’un calamar frais.
Ce qui rend cette excursion unique
Il y a des dizaines d’activités nocturnes à Koh Samui. On peut aller au marché flottant, boire des cocktails sur la plage, ou assister à un combat de Muay Thai. Mais la pêche au calamar est la seule qui met en contact direct avec l’écosystème marin de l’île, de nuit, en pleine mer.
Ce que j’apprécie le plus, c’est le contraste. On quitte la frénésie de Chaweng ou Lamai, et trente minutes plus tard, on est seul en mer avec une poignée d’inconnus, baigné dans une lumière verte irréelle. Le silence — relatif, parce que le moteur tourne au ralenti — est presque méditatif. On voit des choses qu’on ne voit jamais depuis la terre : des bancs de poissons volants, parfois un barracuda qui passe sous le bateau, des méduses translucides qui dansent dans le faisceau lumineux. Un soir, un groupe de dauphins est passé à moins de cinquante mètres. Personne n’a pêché pendant dix bonnes minutes — on était tous accoudés au bastingage à les regarder.
C’est aussi une activité qui fonctionne remarquablement bien en famille. Pas besoin de force ou d’expérience. Mon voisin, lors d’une sortie, avait amené sa fille de huit ans qui a sorti plus de calamars que lui. Elle était aux anges. L’aspect « lumières vertes dans la nuit » fascine les enfants, et le côté un peu dégoûtant des jets d’encre les amuse énormément.
Organisation et réservation
Les opérateurs à connaître
Plusieurs opérateurs proposent cette excursion à Koh Samui. Voici ceux que je connais et que je peux commenter :
TourGoat Samui propose une version privée de la sortie au départ de Chaweng. C’est l’option la plus confortable si on veut un bateau pour soi et son groupe, mais le prix est nettement plus élevé qu’une sortie partagée. On a plus de flexibilité sur la durée et le spot.
Mr. Tu Fishing Game Trip est probablement le nom le plus connu des locaux. L’ambiance est authentique — on est sur un vrai bateau de pêche thaïlandais, pas sur un catamaran pour touristes. Le revers de la médaille, c’est que le confort est basique. Si on cherche des coussins moelleux et un bar à cocktails, ce n’est pas l’adresse.
Samui Sea Fishing et GoSamuiTour se situent entre les deux. Bateaux corrects, guides anglophones, repas inclus. Le service est professionnel sans être luxueux.
Mon conseil : éviter de réserver via l’hôtel, sauf si on séjourne dans un établissement haut de gamme comme le Six Senses ou l’Anantara Lawana, qui ont des partenariats avec des opérateurs de qualité et prennent en charge toute la logistique. Pour les autres hébergements, la commission hôtelière gonfle le prix de 30 à 50 % sans valeur ajoutée.
Le prix
Compter environ 1 999 THB par personne pour une sortie collective. C’est le prix standard pour une excursion de 4-5 heures incluant le matériel de pêche, le gilet de sauvetage, l’eau potable, les sauces pour accompagner la prise, un repas, des snacks, des boissons, et une assurance voyage basique. Le transport aller-retour depuis l’hôtel est généralement inclus.
Les options privées démarrent autour de 5 000-8 000 THB pour un petit groupe, ce qui reste raisonnable si on voyage à quatre ou cinq.
La quasi-totalité des opérateurs offrent une annulation gratuite jusqu’à 24h avant le départ. C’est important, parce que la météo peut tout changer. Si la mer est agitée ou si un orage est annoncé, la sortie est reportée ou annulée. Mieux vaut réserver en début de séjour pour pouvoir décaler si besoin.
Conseils pratiques
Quoi porter et quoi emporter
On est sur un bateau de pêche, pas sur un yacht. On va se faire éclabousser, on va probablement recevoir de l’encre de calamar sur les vêtements, et le pont peut être glissant. Voici ce qui fonctionne :
- Short de bain et t-shirt foncé (l’encre de calamar est noire et ne part pas facilement). Oublier le beau linge.
- Chaussures fermées antidérapantes ou sandales avec sangle arrière. Les tongs sont un piège mortel sur un pont mouillé.
- Serviette, crème solaire (pour le trajet aller en fin d’après-midi), lunettes de soleil.
- Cash pour les pourboires et les achats éventuels. Pas de distributeur en pleine mer.
Quand y aller
La pêche au calamar ne se fait que de nuit — c’est une évidence, mais autant le préciser. Les calamars remontent en surface quand l’obscurité est totale. Les nuits de nouvelle lune sont idéales : moins de lumière ambiante signifie que les LED vertes sont plus efficaces pour attirer la chaîne alimentaire.
La meilleure période pour visiter Koh Samui s’étend de janvier à avril, et c’est aussi la meilleure fenêtre pour la pêche au calamar. La mer est calme, la visibilité est bonne, et les populations de calamars sont plus denses. Pendant la mousson (novembre-décembre), les sorties sont régulièrement annulées pour cause de houle.
Le mal de mer — un vrai sujet
Je ne vais pas tourner autour du pot : si on est sujet au mal de mer, cette excursion peut être compliquée. Le bateau est ancré, ce qui signifie qu’il tangue sans avancer — c’est le pire scénario pour le système vestibulaire. La combinaison du tangage, de l’odeur d’essence, de l’appât et de la concentration visuelle sur l’eau peut déclencher des nausées même chez des gens qui n’ont jamais eu de problème en mer.
Prendre un antiémétique (Dramamine ou équivalent) 30 minutes avant le départ. On en trouve dans toutes les pharmacies de l’île pour quelques bahts. Rester à l’air libre, regarder l’horizon quand on ne pêche pas, et éviter de fixer l’écran de son téléphone.
Les moustiques
Personne n’en parle dans les brochures, mais les moustiques sont un vrai désagrément en mer la nuit. Les lumières les attirent autant que les calamars. Emporter du répulsif et en remettre régulièrement. Les moustiques thaïlandais sont tenaces.
Infos pratiques
| Activité | Pêche au calamar nocturne (night squid fishing) |
| Durée | 4-5 heures (dont 2-3h de pêche effective) |
| Prix | À partir de 1 999 THB/personne (sortie collective) |
| Départ | Mae Nam ou Bophut, côte nord |
| Horaire | Départ vers 17h-17h30, retour vers 21h-22h |
| Inclus | Matériel, gilet de sauvetage, repas, boissons, transfert, assurance |
| Annulation | Gratuite jusqu’à 24h avant |
| Meilleure période | Janvier à avril, nuits de nouvelle lune |
| Pour qui | Familles, couples, groupes — aucune expérience requise |
| À emporter | Vêtements foncés, chaussures fermées, serviette, cash, anti-moustiques |
Notre avis
On va être direct : la pêche au calamar nocturne à Koh Samui n’est pas une activité qu’on recommande à tout le monde sans nuance. Si on attend une sortie de pêche sportive avec des prises garanties, on sera déçu. Les nuits creuses existent, et elles ne sont pas rares. Le temps de pêche effectif est plus court que ce que les brochures suggèrent. Et si on a le mal de mer, la soirée peut devenir longue.
Mais si on aborde la chose avec le bon état d’esprit — une soirée en mer, sous les étoiles, avec un repas thaï, une lumière verte surréaliste et la possibilité de ramener son dîner — c’est une expérience qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un voyageur qui a fait cette excursion en début d’année l’a qualifiée de « moment fort de ses vacances », séduit par les vues spectaculaires depuis le bateau, l’ambiance décontractée des guides qui prenaient des photos et des vidéos du groupe, et le côté totalement dépaysant de l’ensemble.
C’est une excursion honnête : pas de surproduction, pas de mise en scène. On est sur un bateau de pêcheur, on utilise les mêmes techniques que les locaux, et on rentre avec de l’encre sur les mains et des étoiles dans les yeux. Pour moins de 2 000 bahts, c’est l’une des meilleures valeurs de l’île.
Mon conseil final : la programmer en début de séjour. Si la nuit est mauvaise, on peut retenter. Et si elle est bonne, on aura du calamar frais à faire griller le lendemain — un excellent complément aux cours de cuisine thaïe qu’on peut prendre sur l’île, ou simplement à déguster avec une sauce seafood devant le coucher de soleil sur l’une des plages de la côte ouest.
À lire aussi
Pour compléter son séjour à Koh Samui au-delà de la pêche nocturne, on peut explorer les fermes de cocotiers et la culture locale, prendre de la hauteur avec les randonnées et viewpoints de l’île, ou ramener des souvenirs authentiques de Thaïlande. Pour les amateurs de gastronomie, un passage par Krua Bophut après une nuit de pêche permet de comparer son calamar maison avec celui d’un vrai chef thaïlandais — spoiler : le chef gagne, mais la satisfaction de manger sa propre prise est incomparable. Et pour bien commencer la journée du lendemain après une nuit en mer, les meilleurs brunchs et cafés de l’île offrent le carburant nécessaire pour récupérer.

Original et pas cher. Les enfants (à partir de 8 ans) adorent, c’est comme un jeu. On repart avec sa prise.
Le capitaine les prépare en sashimi sur le bateau. Le calamar le plus frais qu’on ait jamais mangé. Inoubliable.
Sortie à 800-1200 bahts par personne, 3h de pêche. Pas besoin d’expérience, le guide montre tout.
Expérience insolite et vraiment fun ! Sortie de nuit, on pêche au calamar avec des lumières vertes. On en a attrapé 12 !