Koh Samui cache deux cascades dans ses montagnes intérieures, et elles n’ont strictement rien en commun. Na Muang 1, on y va en tongs avec les enfants. Na Muang 2, on y grimpe en sueur avec les mains agrippées à des cordes. Les deux valent le détour, mais pour des raisons radicalement différentes.
Na Muang 1 : la piscine naturelle au pied de la falaise
Na Muang 1 est la cascade que tout le monde connaît à Koh Samui. C’est aussi celle que tout le monde visite, et ça se voit. Depuis le parking, il faut à peine cent mètres de marche sur un sentier bétonné pour arriver au bassin. Dix-huit mètres de hauteur, une roche aux reflets violacés qui lui donne un caractère unique, et un bassin naturel suffisamment large et profond pour s’y baigner confortablement. Sur le papier, c’est parfait.
Dans la réalité, c’est un peu plus nuancé. La première fois que j’ai amené des amis fraîchement débarqués de France à Na Muang 1, c’était un dimanche de décembre. On s’attendait à un coin de jungle sauvage. On a trouvé une trentaine de personnes installées sur les rochers, des enceintes Bluetooth qui crachaient de la pop thaïe, et des sacs de chips vides coincés entre les pierres. Mes amis ont quand même adoré — l’eau était fraîche, le cadre spectaculaire malgré le monde, et la baignade franchement agréable. Mais le mythe de la cascade secrète en pleine jungle, il faut l’oublier.
Ce qui fait le charme de Na Muang 1, c’est justement son accessibilité. On n’a pas besoin d’être randonneur, on n’a pas besoin d’être en forme, on n’a même pas besoin de chaussures fermées (même si je le recommande quand même, j’y reviendrai). Le bassin est assez vaste pour que chacun trouve son coin. Les zones peu profondes conviennent aux enfants, tandis que plus près de la chute, l’eau monte facilement jusqu’à la poitrine. L’entrée est gratuite, ce qui est devenu suffisamment rare en Thaïlande pour mériter d’être souligné.
La roche, en revanche, mérite qu’on en parle sérieusement. Elle est à la fois glissante et coupante — une combinaison assez vicieuse. Le granite teinté de violet est magnifique à regarder mais traître sous les pieds. Après la pluie, c’est encore pire. J’ai vu plus d’un touriste se retrouver sur les fesses en voulant prendre un selfie au bord du bassin, et quelques-uns repartir avec des entailles aux pieds pour avoir marché pieds nus. Des sandales d’eau ou des chaussures qui accrochent changent complètement l’expérience.
L’autre point noir, et je ne vais pas tourner autour du pot : les infrastructures sont dans un état lamentable. Les toilettes, quand elles fonctionnent, sont d’une propreté discutable. Les poubelles débordent souvent. Le parking est sommaire. Pour un site aussi fréquenté, c’est difficilement justifiable. On a l’impression que personne ne se sent responsable de l’entretien, et c’est dommage parce que le site naturel lui-même est superbe.
Un conseil pratique que j’aurais aimé recevoir avant ma première visite : ne laissez rien de valeur sur les rochers pendant que vous nagez. Le bassin est assez grand, et une fois dans l’eau, on perd facilement de vue ses affaires posées sur la berge. Le mieux est de laisser portefeuille et téléphone dans la voiture, verrouillée évidemment, ou de venir avec un sac étanche qu’on garde sur soi.
Malgré ces réserves, Na Muang 1 reste un arrêt incontournable. Si on vient à Koh Samui une semaine et qu’on ne passe pas au moins une heure à barboter dans ce bassin d’eau fraîche entouré de jungle, on rate quelque chose. Il faut juste y aller en sachant à quoi s’attendre : un site naturel magnifique, pas un spa cinq étoiles.
Na Muang 2 : l’ascension qui change tout
Na Muang 2, c’est une autre histoire. Littéralement. Quatre-vingts mètres de chute d’eau — la plus haute de Koh Samui — et pour y arriver, il faut les mériter.
Le départ du sentier se trouve à proximité du Namuang Safari Park. Comptez entre trente et quarante minutes de marche, en montée quasi constante. Le mot « marche » est d’ailleurs généreux. Sur la deuxième moitié du parcours, on est davantage dans l’escalade que dans la randonnée. Des cordes fixées aux rochers permettent de se hisser sur des passages verticaux — une sorte de via ferrata naturelle improvisée mais efficace. Le sentier traverse la jungle dense, passe sur des racines épaisses, longe des sections de roche humide où chaque pas demande de la concentration.
Je me souviens de ma première montée vers Na Muang 2. C’était en novembre, après plusieurs jours de pluie. Le sentier était un mélange de boue et de pierre mouillée. Au premier passage avec des cordes, j’ai hésité. Au troisième, j’avais trouvé le rythme : pieds bien posés sur la roche, mains serrées sur la corde, on monte section par section. La sueur coulait, les moustiques s’en donnaient à coeur joie, et à un moment j’ai sérieusement envisagé de faire demi-tour. Et puis on arrive en haut, et le spectacle efface tout le reste.
La cascade de Na Muang 2, quand elle est en plein débit, est tout simplement impressionnante. L’eau dévale sur une paroi rocheuse immense, dans un fracas qui couvre tous les autres bruits de la jungle. Le bassin au sommet, plus modeste que celui de Na Muang 1, offre une baignade d’un tout autre genre — plus intime, plus sauvage, avec le sentiment d’avoir gagné le droit d’être là.
La grande différence avec Na Muang 1, au-delà de la difficulté, c’est la fréquentation. Les jours où Na Muang 1 accueille des dizaines de visiteurs, on croise peut-être cinq ou six personnes à Na Muang 2. La plupart des touristes qui lisent « 30-40 minutes de marche difficile » sur leur guide font demi-tour et retournent au bassin d’en bas. Tant mieux pour ceux qui montent.
Soyons honnête sur la difficulté : Na Muang 2 n’est pas le K2. On n’a pas besoin d’équipement spécialisé ni d’une condition physique de sportif. Mais ce n’est pas non plus une promenade digestive. Il faut de bonnes chaussures fermées qui accrochent, de l’eau en quantité suffisante, et une dose raisonnable d’agilité. Les passages avec cordes sont raides — on utilise vraiment les bras. Les personnes sujettes au vertige auront du mal sur certaines sections où le sentier longe des à-pics. Et la descente, comme souvent, est plus délicate que la montée, surtout quand les roches sont humides.
Je déconseille formellement d’y emmener des enfants de moins de dix ans ou des personnes à mobilité réduite. Ce n’est pas une question de forme physique, c’est une question de sécurité. Les cordes sont solides mais le terrain est imprévisible, et il n’y a aucune infrastructure de secours en cas de problème.
En revanche, pour quiconque cherche une vraie aventure à Koh Samui — une île qu’on associe davantage aux massages sur la plage qu’au trekking — Na Muang 2 est une révélation. C’est l’un des rares endroits de l’île où on se retrouve en pleine nature, sans musique de fond, sans vendeurs de noix de coco, sans rien d’autre que la jungle, la roche et l’eau.
L’eau, la baignade : à quoi s’attendre vraiment
Parlons franchement de la baignade, parce que c’est souvent la raison principale pour laquelle on vient aux cascades Na Muang.
À Na Muang 1, le bassin est large, l’eau fraîche sans être glaciale, et la profondeur varie suffisamment pour satisfaire tout le monde. On peut se contenter de tremper les pieds au bord, ou nager jusqu’au pied de la cascade pour sentir la force de l’eau sur les épaules. L’eau est propre — pas cristalline comme dans les publicités, mais propre. La couleur oscille entre le vert émeraude et le brun clair selon la saison et les pluies récentes. Après de fortes précipitations, l’eau se trouble et le courant devient plus fort ; mieux vaut attendre un jour ou deux.
Les rochers autour du bassin servent de plateforme naturelle pour s’asseoir, poser ses affaires, ou simplement regarder la cascade. Certains visiteurs grimpent sur les rochers latéraux pour sauter dans l’eau — je l’ai fait, c’est amusant, mais je ne le recommanderai pas officiellement parce qu’on ne voit pas toujours ce qu’il y a sous la surface. Les fonds changent avec les saisons, des branches et des pierres s’accumulent après les crues.
À Na Muang 2, la baignade est possible mais plus limitée. Le bassin supérieur est plus petit et moins profond. L’intérêt est davantage dans le spectacle visuel et le sentiment d’accomplissement que dans la nage elle-même. On peut s’asseoir dans l’eau, se rafraîchir après l’effort, mais on ne fera pas de longueurs.
Un point que personne ne mentionne jamais dans les guides : l’eau des cascades Na Muang est nettement plus fraîche que la mer. Quand on passe ses journées à barboter dans une eau de mer à 28-30 degrés, le contraste en arrivant au bassin est saisissant. C’est exactement ce qui rend la baignade aussi plaisante — cette fraîcheur qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur l’île.
Quand y aller : la pluie change tout
La question de la saison est cruciale pour les cascades Na Muang, et la réponse va à l’encontre de ce qu’on pourrait penser.
Les mois les plus spectaculaires pour voir les cascades sont les mois les plus humides : d’octobre à janvier. C’est la saison des pluies à Koh Samui, avec des précipitations parfois torrentielles, surtout en novembre. Et c’est précisément ce qui alimente les chutes. En plein mois de novembre, après quelques jours de mousson, Na Muang 1 se transforme en un mur d’eau puissant et Na Muang 2 devient un spectacle véritablement grandiose, avec un débit qui fait trembler le sol sous les pieds.
À l’inverse, en saison sèche — grosso modo de février à septembre — le débit diminue considérablement. Na Muang 1 coule généralement toute l’année, mais en mars ou avril, après plusieurs semaines sans pluie significative, la cascade peut se réduire à un filet d’eau qui glisse sur la roche. Le bassin reste rempli et la baignade reste possible, mais le spectacle visuel perd de sa superbe. Na Muang 2, plus haute et alimentée par un bassin versant plus étendu, conserve généralement un meilleur débit même en saison sèche, mais on est loin de la puissance des mois humides.
Mon conseil : si on est à Koh Samui entre novembre et janvier et qu’il a plu les jours précédents, c’est LE moment pour aller aux cascades. La jungle est d’un vert éclatant, l’eau est abondante, et paradoxalement la fréquentation est souvent moindre parce que les touristes hésitent à sortir quand le ciel est menaçant. La plupart des averses à cette saison sont courtes et intenses — on peut très bien avoir un matin de pluie et un après-midi de soleil parfait pour la baignade.
En revanche, si on est là en plein mois de mars et qu’on s’attend à voir des cascades dignes de National Geographic, il vaut mieux recalibrer ses attentes. Na Muang 1 sera plus une curiosité géologique qu’un spectacle aquatique, et la montée vers Na Muang 2 se justifie difficilement si le débit est faible.
J’ai fait l’expérience des deux extrêmes. En août, par une fin de saison sèche prolongée, Na Muang 1 était presque à sec — juste un voile d’eau sur la roche violette, assez pour remplir le bassin mais pas de quoi impressionner. Trois mois plus tard, en novembre, après une semaine de pluie quasi ininterrompue, la même cascade était méconnaissable. Le débit avait décuplé, le rugissement de l’eau s’entendait depuis le parking, et le bassin bouillonnait sous la force du courant. Deux expériences radicalement différentes au même endroit.
Pour la randonnée vers Na Muang 2, la saison des pluies ajoute une difficulté supplémentaire : le sentier devient très glissant, les passages avec cordes demandent plus de prudence, et la montée prend facilement dix à quinze minutes de plus. C’est faisable mais il faut en être conscient. Si on n’est pas à l’aise sur terrain humide et instable, mieux vaut choisir une journée sèche, même si la cascade sera moins impressionnante. Pour plus de détails sur les meilleures périodes, consultez notre guide sur quand partir à Koh Samui.
Les à-côtés : ce qu’il y a autour des cascades
Les cascades Na Muang se trouvent dans le sud de Koh Samui, dans une zone qui concentre quelques autres activités intéressantes.
Le Namuang Safari Park, situé juste à côté du point de départ du sentier vers Na Muang 2, propose des balades à dos d’éléphant, des spectacles animaliers et des parcours en quad. Je ne recommande pas les activités impliquant des éléphants — les conditions dans lesquelles les animaux sont gardés posent question, et les alternatives éthiques existent ailleurs en Thaïlande. En revanche, les circuits en quad et ATV dans la zone sont une manière différente d’explorer l’intérieur de l’île, avec des parcours qui traversent des plantations de cocotiers et de la jungle secondaire.
La zone sud de Koh Samui est aussi celle des plages les moins fréquentées de l’île. Après une matinée aux cascades, redescendre vers la côte pour un après-midi sur une plage comme Thong Krut ou Bang Kao fait une journée complète très réussie. Notre guide des plages de Koh Samui détaille ces options.
On peut aussi combiner la visite des cascades avec une tournée des temples du sud de l’île, notamment le Wat Khunaram et son moine momifié — une curiosité qui attire beaucoup de visiteurs — ou le temple chinois de Laem Sor avec sa pagode dorée face à la mer. La combinaison cascade le matin, temple l’après-midi, plage en fin de journée constitue probablement la meilleure journée qu’on puisse passer dans le sud de Koh Samui.
Pour ceux qui cherchent davantage de randonnée après Na Muang 2, l’intérieur montagneux de l’île offre d’autres sentiers et points de vue. Notre article sur les randonnées et viewpoints de Koh Samui couvre les meilleures options.
Infos pratiques
| Na Muang 1 | Na Muang 2 | |
|---|---|---|
| Hauteur | 18 mètres | 80 mètres |
| Accès depuis le parking | 100 m de marche facile | 30-40 min de randonnée difficile |
| Difficulté | Accessible à tous | Modérée à difficile (passages avec cordes) |
| Prix d’entrée | Gratuit | Gratuit |
| Baignade | Oui, grand bassin naturel | Oui, bassin plus petit |
| Adapté aux enfants | Oui (avec surveillance) | Non (déconseillé avant 10 ans) |
| Fréquentation | Élevée | Faible |
| Meilleure saison | Octobre à janvier (fort débit) | Octobre à janvier (fort débit) |
| Chaussures recommandées | Sandales d’eau ou chaussures fermées | Chaussures de randonnée fermées obligatoires |
| À emporter | Maillot, serviette, sac étanche | Eau (1L min), maillot, anti-moustique, chaussures qui accrochent |
| Temps sur place | 1 à 2 heures | 2 à 3 heures (marche incluse) |
| GPS | 9.4628° N, 100.0283° E | 9.4589° N, 100.0311° E |
Comment s’y rendre : les cascades Na Muang se trouvent dans le sud de l’île, accessibles depuis la route principale (route 4169). Depuis Nathon, compter environ 20 minutes en scooter ou en voiture. Depuis Chaweng, environ 30 minutes. Un parking gratuit se trouve à l’entrée du site. En taxi ou Grab, prévoir entre 300 et 500 bahts depuis les zones touristiques principales.
Horaires : le site est accessible du lever au coucher du soleil. Il n’y a pas de contrôle d’accès formel. Arriver tôt le matin (avant 9h) garantit une expérience plus calme à Na Muang 1.
Notre avis
Après des dizaines de visites aux cascades Na Muang sur plusieurs années de vie à Koh Samui, mon rapport à ces deux sites a évolué.
Na Muang 1, j’y retourne régulièrement. Pas pour le spectacle — après la cinquième visite, on connaît chaque rocher — mais pour la baignade. Un mardi matin de novembre, quand les bus de touristes ne sont pas encore arrivés, se glisser dans cette eau fraîche entouré de jungle reste un plaisir simple et réel. C’est devenu mon antidote aux journées de chaleur accablante. Mais je ne vais pas prétendre que c’est un joyau caché ou une merveille préservée. Le site souffre de sa propre popularité et du manque d’entretien chronique. On aimerait que les autorités locales investissent un minimum dans les infrastructures — des toilettes propres, des poubelles qui ne débordent pas, un chemin d’accès correctement entretenu. Ce n’est pas grand-chose à demander pour un site qui accueille des milliers de visiteurs chaque année.
Na Muang 2, c’est différent. J’y monte deux ou trois fois par an, toujours en saison des pluies, et à chaque fois l’expérience me rappelle pourquoi j’aime vivre sur cette île. La montée est physique, la jungle est dense, et arriver au sommet procure une satisfaction que les plages et les bars de Chaweng ne donneront jamais. C’est le Koh Samui que les brochures touristiques ne montrent pas — sauvage, exigeant, authentique.
Si on ne devait en faire qu’une seule ? Pour les familles avec enfants ou les personnes qui cherchent simplement un bain rafraîchissant, Na Muang 1 sans hésitation. Pour les voyageurs actifs qui veulent une vraie aventure et qui n’ont pas peur de suer, Na Muang 2 est incomparablement plus gratifiante. Et si on a une demi-journée devant soi, faire les deux dans la foulée — Na Muang 1 en arrivant, puis la montée vers Na Muang 2 — constitue l’une des meilleures demi-journées d’activité qu’on puisse vivre à Koh Samui.
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Na Muang 1 est accessible facilement, même avec des tongs. Na Muang 2 demande une vraie randonnée de 30 min, mais le bassin en haut vaut le coup.
Belle balade nature à 20 min de Lamai. Gratuit, pas trop de monde en semaine. On a croisé des singes sur le chemin !
Décevant en saison sèche, quasi pas d’eau en mars. Renseignez-vous avant d’y aller. En revanche en novembre c’était spectaculaire.
Le chemin vers Na Muang 2 est mal balisé mais pas difficile. La récompense au sommet est un bassin d’eau turquoise en pleine jungle. Magique.
Attention aux rochers glissants, on a vu quelqu’un se faire mal. Portez de bonnes chaussures pour Na Muang 2. La cascade 1 est plus accessible.
Magnifique en saison des pluies quand il y a du débit ! On s’est baignés dans le bassin naturel, eau fraîche et revigorante.
Super sortie en famille. Les enfants ont adoré se baigner sous la cascade. Prévoyez des chaussures d’eau et un pique-nique.
On préfère Na Muang 2, beaucoup moins de monde et plus sauvage. Le bassin naturel est profond, on peut vraiment nager.