Il y a dix ans, manger vegan à Koh Samui relevait de l’épreuve de survie. On se retrouvait avec un pad thaï sans oeuf et un curry vert « sans poulet » qui sentait quand même la sauce poisson, et on appelait ça une victoire. L’île entière semblait organisée autour du poisson grillé, du barbecue coréen et du steak australien. Les végétariens se rabattaient sur les falafels gras de Fisherman’s Village ou les salades fatiguées des cafés de Chaweng, et les vegans — les vrais, les stricts — comptaient les jours avant leur prochain vol vers Chiang Mai.
Tout ça a changé. Pas d’un coup, pas grâce à une décision municipale ou à un influenceur qui aurait posté le bon smoothie bowl au bon moment. C’est arrivé par vagues successives, portées par les retraites de yoga, les centres de détox, et cette génération de chefs qui ont compris qu’on pouvait faire de la grande cuisine sans produit animal. Aujourd’hui, Koh Samui couvre tout le spectre du végétal : du buffet bouddhiste à 60 bahts servi par une grand-mère thaïe jusqu’au menu dégustation plant-based primé par PETA Asia. Et le plus surprenant, c’est que certaines de ces adresses comptent parmi les meilleures tables de l’île, toutes catégories confondues.
Radiance — le pionnier qui tenait le fort quand personne n’y croyait
On commence par le doyen, et ce n’est pas un choix chronologique gratuit. Quand Radiance a ouvert en 1992 au sein du Spa Resort de Lamai, le mot « plant-based » n’existait pas encore dans le vocabulaire de la restauration. Le tofu était un truc hippie, le raw food une lubie californienne, et personne à Samui ne voyait l’intérêt de servir une pizza crue à des touristes qui voulaient des crevettes grillées.
Trente-trois ans plus tard, Radiance est toujours là. Et ça seul, dans le paysage gastronomique de Samui où la moitié des restaurants ne survivent pas à leur deuxième mousson, ça force le respect.
Le restaurant occupe une terrasse ouverte face à la baie de Lamai, dans l’enceinte du Spa Resort — un complexe wellness historique qui a été rénové et rouvert fin 2020 sous Richmond Hospitality Group. L’approche reste la même : cuisine Whole Food Plant-Based, sans additifs artificiels, sans conservateurs, avec des ingrédients locaux de saison. Quelques options avec du poisson ou du poulet fermier existent pour les clients en séjour qui ne suivent pas le programme détox, mais le coeur du menu est résolument végétal.
Ce qui distingue Radiance de la plupart des restaurants healthy de l’île, c’est son sérieux avec le raw food. Le Raw Pad Thai, la Raw Pizza, les Zucchini Pasta — ce sont des plats qui demandent une technique réelle, pas juste de la salade empilée joliment. Le Tropical Miso Soup et le Gazpacho sont des classiques de la maison, et les Nori Rolls crus valent le détour si on aime les textures nettes et les saveurs concentrées.
Les prix sont dérisoires pour ce niveau de soin : 70 à 280 bahts le plat. On lit bien. Un déjeuner complet avec jus frais et dessert cru revient à moins de 500 bahts. Pour un restaurant face à la mer, dans un resort, avec des ingrédients bio, c’est presque suspect. Mais c’est le modèle du Spa Resort depuis toujours : la cuisine est au service du programme de bien-être, pas l’inverse.
L’endroit propose aussi des cours de cuisine raw, ce qui est une excellente idée de cadeau pour quelqu’un qui séjourne à Lamai quelques jours.
Soyons honnêtes sur les limites. Le service peut être lent — on a déjà attendu vingt minutes avant qu’on vienne prendre notre commande, et on n’était pas les seuls à s’en plaindre. C’est le rythme du Spa Resort : contemplatif, zen, parfois excessivement zen quand on a faim. Le cadre est beau mais le restaurant vieillit, et certains avis mentionnent une fraîcheur inégale sur les salades. Depuis la rénovation de 2020, les choses semblent s’être améliorées, mais Radiance reste un endroit où on vient pour l’authenticité et l’histoire, pas pour un service millimétré.
On y retourne régulièrement, surtout en milieu de semaine quand c’est calme, pour un déjeuner léger après une baignade à Lamai. C’est un rituel.
Halapua by Kapuhala — quand le vegan passe en mode grand chef
À l’exact opposé du spectre, il y a Halapua. Et il faut en parler tout de suite, parce que c’est le restaurant qui a changé la perception du plant-based à Koh Samui. Avant Halapua, la cuisine végétale sur l’île oscillait entre le sympathique et le correct. Après Halapua, on sait que c’est un terrain de jeu gastronomique à part entière.
Le restaurant se cache dans les collines de Chaweng Noi, au sein du Kapuhala Retreat — une propriété intimiste avec cinq Tented Villas et quatre Farmhouses perdues dans une végétation tropicale préservée. On y accède en voiture, la route grimpe, et quand on arrive, on découvre une architecture éco-chic ouverte sur une piscine infinity de 25 mètres avec vue panoramique sur la mer. Les tables sont disposées au bord du bassin. C’est beau, c’est calme, et c’est entièrement plant-based.
Le chef Gregory Hill, formé au Cordon Bleu et passé par New York, l’Indonésie, le Mexique et la Chine, a construit un menu qui fusionne les traditions siciliennes et asiatiques. Le menu dégustation change selon les saisons et les récoltes du potager bio sur place. Hill cultive ses propres micropousses dans des micro-serres et travaille avec des fermes locales voisines. Sa mission déclarée : démystifier l’idée que la cuisine végétale est fade et ennuyeuse. Mission accomplie.
On a testé le veggie burger lors d’une visite l’année dernière, sur la recommandation insistante du serveur. Patty aux légumineuses parfaitement assaisonné, sauce BBQ maison, shiitake sautés, cheddar végétal convaincant, le tout sur un pain aux graines de lin avec des frites de patate douce. On l’a fini sans dire un mot. Puis on a regardé notre assiette vide et on s’est demandé comment un burger sans viande pouvait faire ça. Les avis en ligne confirment : plusieurs clients l’appellent « le meilleur burger qu’ils aient jamais mangé », toutes catégories confondues.
Le set déjeuner trois plats (entrée, plat, dessert, verre de vin) revient à 995 bahts. Pour du fine dining avec ce cadre, ce niveau de cuisine et cette qualité d’ingrédients, c’est remarquablement raisonnable. Le dîner démarre à 1 300 bahts.
En avril 2025, PETA Asia a décerné à Kapuhala le prix « Best Vegan Restaurant & Resort » de l’année. L’info a été reprise par le Bangkok Post et plusieurs médias internationaux. Ce n’est pas un prix qu’on achète dans un catalogue de vanity awards — PETA est sélectif, et la couverture médiatique qui a suivi a mis Koh Samui sur la carte mondiale du plant-based fine dining.
Deux choses à savoir absolument : Halapua fonctionne sur réservation uniquement, et le restaurant est fermé le lundi. On ne débarque pas au hasard en espérant une table. C’est le genre d’endroit qu’on planifie à l’avance, et ça fait partie de l’expérience. Le Rooftop Mixology Lounge au-dessus du restaurant vaut aussi le coup pour un cocktail farm-to-table après le repas.
C’est, de loin, la meilleure expérience gastronomique végétale de Koh Samui. Si on ne devait recommander qu’une seule adresse à quelqu’un qui doute encore que le vegan puisse être de la grande cuisine, ce serait celle-ci.
Pure Vegan Heaven — la chaîne qui fait le boulot
Passons à quelque chose de plus quotidien. Pure Vegan Heaven, sur la route principale de Lamai, est le genre d’adresse où on atterrit un mardi midi quand on veut manger vegan sans se poser de questions existentielles. C’est la plus grande chaîne de restaurants 100% vegan de Thaïlande, avec sept branches réparties entre Koh Samui, Koh Phangan, Phuket et Chiang Mai. Fondée en 2018 par Supidcha Kludass, une ancienne enseignante surnommée « Pure » qui a tout lâché pour la cuisine végétale.
Le menu est vaste et international : falafel bowl (la star, recette maison, et il est bon), mushroom & bean burger, gnocchi de patate douce au pesto, lasagne vegan, jackfruit tacos, smoothie bowls, nachos, quesadillas, burritos. Environ 95% du menu est fait maison, ce qui est admirable pour une chaîne. Les prix tournent autour de 149-199 bahts le plat — correct pour Lamai, un peu au-dessus de la street food mais justifié par la qualité des ingrédients.
Le cadre est une surprise agréable : un jardin avec vue sur les montagnes à l’arrière, caché derrière la façade anodine de la rue principale. On s’installe entre les plantes, on commande un turmeric lemonade ou un coconut kefir lassi, et on se croirait presque dans un café de Canggu. La démarche éco-responsable est sincère — emballages compostables, zéro déchet affiché.
Pure Vegan Heaven a aussi décroché une mention aux PETA 2025 Awards dans la catégorie « Best Vegan Brunch Spot ». Les banana pancakes et le breakfast burrito méritent effectivement le déplacement si on traîne à Lamai le matin.
Maintenant, les bémols. Le service peut être inégal — on a lu des avis mentionnant une serveuse franchement désagréable, et on a nous-mêmes constaté une ouverture en retard un samedi matin. Certains habitués des branches de Koh Phangan trouvent celle de Samui un cran en dessous en termes de constance. Et quelques plats déçoivent : le seaweed wrap est fade, la salade grecque n’a rien de grec. Le falafel bowl et le burger aux champignons, en revanche, sont fiables à chaque visite.
C’est ouvert tous les jours sauf le mercredi, de 10h à 21h.
Vikasa Life Cafe — la vue qui change tout
On connaît tous ces endroits où le panorama fait oublier ce qu’il y a dans l’assiette. Vikasa Life Cafe est l’exception rare où la vue est extraordinaire ET la cuisine suit. Perché sur la falaise entre Chaweng Noi et Lamai, dans l’enceinte du Vikasa Yoga Retreat fondé le 11/11/2011 par Kosta Miachin, le café est ouvert au public — pas besoin d’être un yogi flexible pour s’y installer.
La terrasse multi-niveaux surplombe le golfe de Thaïlande avec un angle de vue qui coupe le souffle. On est assis au bord du vide, l’océan en contrebas, le ciel partout. Un reviewer l’appelle « son bureau de digital nomad préféré au monde », et on comprend pourquoi : un laptop, un smoothie bowl, cette vue — difficile de trouver mieux pour bosser un matin.
Le menu a été conçu par Boris Lauser, un chef plant-based primé. L’approche est « plant-forward » : principalement végétale, avec quelques options incluant du poisson ou des produits laitiers pour ceux qui le souhaitent. Le Vegan Burger, le Coconut Curry, la Gluten-free Lasagne et les Superfood Bowls sont les valeurs sûres. Le Chia Pudding au petit-déjeuner est excellent, et le Raw Tiramisu mérite sa réputation.
Les prix sont plus élevés que la moyenne : 340 à 860 bahts par personne. On paie la vue, le cadre, et un certain niveau de qualité dans les ingrédients. C’est justifié, mais ce n’est pas une adresse quotidienne.
Au-delà du repas, Vikasa propose l’accès à une piscine infinity, une plage secrète en contrebas de la falaise (pas baignable, mais photogénique), et un ice bath naturel sur la roche avec breathwork guidé. On peut facilement y passer une demi-journée en combinant brunch, baignade et détente.
Un détail qui agace : le personnel est strict sur les doggy bags — même un reste de boisson dans un gobelet, on vous le refuse. C’est mesquin pour un endroit qui prône le mindful living.
Vegan Khunnay — le buffet où on mange vegan sans le savoir
On change de registre. Vegan Khunnay est le genre d’endroit qui n’apparaît dans aucun guide touristique, qui n’a pas de site web, et que la plupart des touristes passent sans le voir. C’est un petit restaurant familial tenu par une mère et sa fille, situé à l’entrée de Central Festival côté Chaweng, et il sert l’un des meilleurs rapports qualité-prix de l’île toutes cuisines confondues.
Le concept : un buffet à volonté 100% vegan pour environ 150 bahts. Six à huit plats différents chaque jour, trois soupes, du riz riceberry ou brun bio, et on se sert dans de grands bacs en inox. C’est de la cuisine « Jay » — le veganisme bouddhiste chinois, ce qui signifie pas de viande, pas de produits laitiers, pas d’oeufs, mais aussi pas d’oignon ni d’ail. Ce dernier point peut surprendre si on ne s’y attend pas, mais les plats n’en souffrent pas : le Massaman curry est riche et profond, le Pad Thai est parfaitement équilibré, et les spring rolls croustillants sont addictifs.
La règle anti-gaspillage est stricte : 100 bahts d’amende si on laisse trop de restes dans son assiette. C’est inhabituel, mais on trouve ça plutôt sain. On se sert raisonnablement, on peut revenir autant de fois qu’on veut, et rien ne finit à la poubelle. Cash uniquement.
L’ambiance est minimaliste — chaises en plastique, ventilateurs, pas de décoration. On ne vient pas pour l’esthétique. On vient parce que la propriétaire, qui est elle-même vegan et parle un peu anglais, cuisine avec une sincérité désarmante. Un avis résume parfaitement l’atmosphère : « Part holy, part home-like. » C’est exactement ça. La dame offre aussi des massages thérapeutiques sur place, ce qui ajoute une couche de surréalisme charmant à l’ensemble.
Un point à vérifier avant de s’y rendre : une source en ligne signale le restaurant comme « définitivement fermé », mais les derniers avis datent de début 2026. Appelez avant, ou passez simplement voir — c’est le genre d’endroit où la porte est ouverte ou elle ne l’est pas.
Jay Tamachad — le secret le mieux gardé du Big Buddha
Si Vegan Khunnay est discret, Jay Tamachad est quasi invisible. Niché au pied du Big Buddha, ce restaurant bouddhiste vegan tenu par une femme nommée To est l’adresse que les résidents vegans de longue date se refilent à voix basse, comme un mot de passe. Le restaurant a déménagé il y a quelques années — les anciennes adresses en ligne sont donc souvent fausses — mais il se trouve maintenant près du temple de Wat Phra Yai, avec une vue arrière sur l’océan et la silhouette de Koh Phangan au loin.
Le fonctionnement est d’une simplicité désarmante. On arrive, on dit si on veut épicé ou pas épicé. On reçoit une assiette généreuse de riz avec une sélection des plats du jour. On mange. On paie entre 80 et 120 bahts selon la taille. C’est tout.
Et c’est extraordinaire.
Le vegan duck curry est le plat le plus cité par les habitués, et pour cause : c’est l’un de ces plats végétaux qui transcende complètement la question du « remplacement de la viande » pour devenir quelque chose de valable en soi. Le fried « fish » épicé végétal est bluffant de texture, le pad kra pao vegan est fidèle à l’original, et le coconut shake est si bon qu’on en recommande un deuxième avant d’avoir fini le premier.
To, la propriétaire, est vegan depuis plus de trente ans et propose des cours de cuisine vegan sur réservation. L’ambiance est familiale, rustique, authentique jusqu’au bout des ongles. On mange sur des chaises en plastique avec vue sur la mer, et on se sent étrangement en paix.
On est tombés sur Jay Tamachad un dimanche matin, il y a trois ans, par pur hasard. On montait voir le Big Buddha, on avait faim, et cette petite devanture avec ses panneaux Jay nous a attirés. Deux heures plus tard, on était encore assis là, le ventre plein pour moins de 200 bahts à deux, en train de discuter cuisine avec To dans un mélange d’anglais approximatif et de gestes enthousiastes. C’est devenu l’un de nos arrêts fixes quand on passe dans le coin du Big Buddha.
Ouvert du lundi au samedi de 7h à 17h, dimanche jusqu’à 18h. Pas de service le soir. Cash uniquement. Si on ne devait garder qu’une seule adresse budget dans ce guide, ce serait celle-ci.
Wild Tribe — le café superfood qui ne triche pas
Wild Tribe occupe une petite rue calme au centre de Lamai Beach, dans l’enceinte du Visit Natural Detox Resort. Tenu par Lander, un Belge, et Jam, sa femme thaïe, c’est le genre de café qui attire les boxeurs de Muay Thai du coin le matin, les digital nomads à midi, et les yogis le soir. Le menu a été conçu par deux nutritionnistes vegans certifiées, et ça se sent dans la rigueur des compositions.
Les smoothie bowls sont la spécialité, et on va être direct : ce sont les meilleurs de l’île. Épais, pas ces versions liquides qui ne sont que des smoothies dans un bol, garnis de granola maison, banane, ananas, pollen d’abeille, sarrasin activé. L’acai bowl et le dragon fruit bowl sont les plus demandés, et à raison.
Le reste du menu suit la même logique : protein pancakes à la crème fraise-coco, cheesecake vegan cashew-coco, jackfruit tacos à la salsa de mangue, buddha bowls copieux, hummus champignons-ail en portion généreuse. Toutes les sauces sont faites maison par des « aunties » thaïes locales, et les jus sont pressés à froid. L’iced matcha au lait végétal maison est une tuerie.
Décor bohème avec hamacs, tables basses, ventilateurs. Pas de climatisation. On commande au comptoir, on reçoit une eau citronnée en attendant, et une petite note invite à poser son téléphone pour profiter du moment. Certains trouveront ça agaçant, d’autres charmant. On est dans le deuxième camp.
Point d’alerte pour les vegans stricts : Wild Tribe a récemment ajouté du saumon et du poisson à sa carte. Ce n’est plus un restaurant 100% végétarien, même si la grande majorité du menu reste plant-based. C’est dommage, mais c’est la réalité commerciale de Samui : un restaurant qui ne propose aucune option animale perd une partie de sa clientèle de couples mixtes.
Comptez environ 200 bahts pour un smoothie bowl, 180-300 bahts pour un plat. Ouvert tous les jours de 8h30 à 20h30.
Greenlight Cafe — Fisherman’s Village version green
Au bout est de la walking street de Fisherman’s Village, à quarante mètres de la plage de Bophut, le Greenlight Cafe est intégré au Greenlight Resort tenu par Pat, un Néo-Zélandais installé à Samui depuis plus de quatorze ans. C’est à la fois un café, un restaurant, une communauté, et un petit écosystème.
Le positionnement est plus large que le strict vegan : cuisine thaïe, asiatique et internationale avec un accent sur le bio et le local. Le menu propose des options végétariennes, vegan et sans gluten aux côtés de plats avec viande. Les ingrédients viennent du jardin sur place, le café est torréfié sur les lieux, et il y a une fabrique de kombucha maison — leur « Eco Brew » est l’une des meilleures qu’on ait goûtées en Thaïlande.
Le Red & Green Shakshuka est le plat le plus cité dans les avis, et à raison. Le Gotu Kola Salad surprend par sa fraîcheur et son amertume végétale travaillée. Les smoothie bowls (surtout le Chocolate Maca et le Super Green) rivalisent avec ceux de Wild Tribe. L’Avocado Toast au chutney d’herbes du jardin est un petit-déjeuner parfait.
Le cadre est tropical-décontracté : tables rustiques en teck, bean bags, verdure partout, une piscine extérieure. Il y a des cours de salsa le vendredi soir, un yoga studio (Shahda) sur place, un Green Market le dernier dimanche de chaque mois, et même un groupe de discussion « Critical Thinkers » hebdomadaire. C’est le genre d’endroit où on vient pour un brunch et on finit par passer l’après-midi.
Le petit-déjeuner buffet à 300 bahts avec accès gratuit à la piscine est un bon deal si on cherche une matinée relax à Bophut sans se ruiner.
Le gros point noir, et il revient dans presque tous les avis : le service est lent. Très lent. On parle d’attentes de plus d’une heure pour un petit-déjeuner simple. Pat est un hôte chaleureux et le concept est sincère, mais quand on attend ses banana pancakes pendant 45 minutes le ventre vide, toute la bonne volonté du monde ne compense pas. On y va quand on n’est pas pressé, jamais quand on a un ferry à prendre.
Vegetarian Time — la grand-mère qui cuisine pour 70 bahts
Vegetarian Time est le restaurant qu’on hésite à mettre dans un guide public, parce qu’une partie de son charme tient à son anonymat. Pas de page TripAdvisor, pas de site web, pas d’Instagram. Juste une petite dame thaïe d’un certain âge qui cuisine des classiques thaïs 100% végétariens dans un minuscule local près de l’intersection des routes 4173 et 4170, légèrement en dehors du centre de Lamai.
Le menu est simple : des plats thaïs traditionnels entièrement végétalisés. Pad See Ew vegan, currys, stir-fries, plats de nouilles et de riz. Tout à environ 70 bahts le plat. Les portions sont généreuses, la saveur est authentique, et la patronne — on l’appelle « la grand-mère » bien qu’on ne connaisse pas son prénom — vous accueille comme si vous étiez de la famille. Elle recommande des plats, offre des fruits frais en fin de repas, et se souvient de ce que vous avez commandé la dernière fois.
C’est le genre d’adresse qu’on ne trouve pas sur Google Maps ou qu’on rate trois fois avant de la voir. Il faut un scooter pour y aller, et il faut savoir qu’elle existe. Maintenant vous le savez.
Ouvert du lundi au samedi, fermé le dimanche. Cash uniquement, évidemment.
June’s About Art Cafe — les cheesecakes qui convertissent les sceptiques
On termine ce tour d’horizon par une adresse de Bophut qui ne paie pas de mine de l’extérieur — le café se trouve au rez-de-chaussée d’un petit immeuble sur la ring road, entre Big C et le carrefour vers Fisherman’s Village, dans ce qui ressemble à une zone de bureaux — mais qui réserve une vraie surprise à l’intérieur.
June’s About Art Cafe est un café végétarien-vegan tenu personnellement par June, une hôtesse chaleureuse qui connaît chaque plat de son menu par coeur. Au moins la moitié de la carte est végétarienne et principalement vegan, avec un accent sur le raw, le bio et le sans gluten.
Le produit qui a fait la réputation du lieu : le Raw Raspberry Cheesecake. Là où la plupart des cheesecakes vegan utilisent une base de noix de cajou lourde et un peu écrasante, June travaille à l’agar-agar, un gélifiant à base d’algues qui donne une texture étonnamment légère et délicate. Le résultat est si convaincant que plusieurs clients l’appellent « le meilleur cheesecake vegan de leur vie ». On a goûté, et on ne va pas les contredire. Le Raw Chocolate Cheesecake et la version chocolat blanc méritent aussi le détour.
Au-delà des desserts, la salade mangue-pomme-avocat au dressing fruit de la passion est exceptionnelle — un blogueur la qualifie de « meilleur plat de toute l’île », et même si on trouve ça exagéré, on comprend l’enthousiasme. Les Nori Rolls au quinoa, avocat, betterave et pousses de tournesol sont frais et croquants. Les Quinoa Patties à la salsa de mangue font un déjeuner léger parfait. Le petit-déjeuner avec pain brun bio maison, confiture d’ananas maison et jus de carotte vaut les 250 bahts demandés.
Art accroché aux murs, petite bibliothèque, ambiance calme et cosy. C’est un endroit où on vient lire un livre en mangeant une part de cheesecake, pas un endroit où on vient faire la fête. Le personnel parle bien anglais, les portions sont généreuses, et June passe régulièrement entre les tables pour s’assurer que tout va bien.
Ouvert du mercredi au lundi, 7h-19h. Le mardi, fermeture anticipée à 17h30.
Comprendre le « Jay » : la clé pour manger vegan partout en Thaïlande
Avant de parler logistique, un mot sur le concept le plus utile que tout vegan devrait connaître en Thaïlande. « Jay » (prononcé « djé ») désigne le veganisme bouddhiste : pas de viande, pas de poisson, pas de produits laitiers, pas d’oeufs, mais aussi — et c’est la subtilité — pas d’ail ni d’oignon, considérés comme des stimulants dans la tradition bouddhiste. Les restaurants Jay sont identifiables par leurs panneaux rouge et jaune avec le caractère thaï correspondant.
On les trouve partout en Thaïlande, souvent tenus par des bouddhistes pratiquants qui cuisinent par vocation autant que par commerce. Jay Tamachad et Vegan Khunnay rentrent dans cette catégorie. La nourriture est toujours bon marché, toujours copieuse, et la fraîcheur varie selon l’heure de la journée — on y va de préférence le midi, quand les plats viennent de sortir.
Chaque année, pendant neuf jours en septembre-octobre (le neuvième mois lunaire chinois), la Thaïlande entière célèbre le Festival Végétarien. Des drapeaux Jay fleurissent sur toute l’île, et même les gargotes qui servent habituellement du porc grillé proposent temporairement un menu végétal. À Samui, le festival est plus discret qu’à Phuket, mais c’est un bon moment pour découvrir la profondeur de la cuisine Jay.
Les phrases essentielles à connaître :
- « Chan ghin jay » (si on est une femme) ou « Pom ghin jay » (si on est un homme) — « Je mange vegan »
- « Mai sai nam pla » — « Sans sauce poisson » (crucial, parce que la sauce poisson est le piège invisible de la cuisine thaïe)
- « Mai sai kai » — « Sans oeuf »
- « Mai sai nom » — « Sans lait »
Guide pratique : comment naviguer le vegan à Samui au quotidien
Manger vegan à Koh Samui en 2026, c’est facile si on connaît les règles. Voici ce qu’on a appris après des années de pratique.
Les plats safe qu’on trouve presque partout, même dans les restaurants non-vegan : le mango sticky rice (vérifier qu’ils utilisent du lait de coco et pas du lait concentré), les currys de légumes au tofu (demander « mai sai nam pla »), le pak boong (morning glory sautée à l’ail — un classique de la street food thaïe), et les fruits frais découpés qu’on achète aux marchés de nuit pour 40 bahts le sachet.
La géographie végétale de l’île est inégale. Lamai concentre le plus grand nombre d’adresses dédiées : Radiance, Pure Vegan Heaven, Wild Tribe, Vegetarian Time. C’est la zone où un vegan peut manger différemment chaque jour pendant une semaine sans se lasser. Bophut et Fisherman’s Village offrent Greenlight Cafe et June’s About Art Cafe, plus le marché du vendredi soir qui a toujours quelques stands végétariens. Chaweng est paradoxalement moins bien loti en restaurants exclusivement vegan — Vegan Khunnay mis à part — mais la plupart des restaurants de la zone proposent au moins quelques options. Le coin du Big Buddha a Jay Tamachad, et les collines entre Chaweng et Lamai hébergent Vikasa et Halapua.
Pour la livraison, la situation a changé. Hangover Samui, la plateforme locale qui livrait depuis une vingtaine de restaurants vegans pour 100 bahts de frais, a fermé en février 2024 après une dizaine d’années de service. C’était une perte. Les alternatives actuelles sont Grab et Bolt Food, mais la couverture à Samui reste inégale selon les zones. Halapua livre sur toute l’île, ce qui est une option premium pour les soirs où on ne veut pas bouger.
Un dernier conseil de résident. Les restaurants vegan de Samui ont un turnover élevé. Des adresses ouvrent et ferment chaque saison. Celles listées dans ce guide ont prouvé leur résilience — certaines depuis plus de trente ans — mais il est toujours prudent de vérifier les horaires et l’ouverture avant de traverser l’île en scooter sous la pluie pour un smoothie bowl. Un coup de fil ou un message Facebook, ça prend trente secondes et ça évite une déception.
Notre classement, sans diplomatie
Après des années à tester, revenir, comparer et parfois être déçus, voici comment on classerait ces adresses. C’est subjectif, c’est personnel, et c’est exactement pour ça que c’est utile.
Pour une expérience gastronomique inoubliable : Halapua by Kapuhala, sans hésitation. C’est le seul restaurant de cette liste (et peut-être de toute l’île) où le mot « gastronomique » n’est pas usurpé.
Pour le meilleur rapport qualité-prix : Jay Tamachad. Quatre-vingts bahts pour un repas complet avec vue sur la mer et Koh Phangan. Imbattable.
Pour un déjeuner quotidien fiable : Pure Vegan Heaven à Lamai. Le falafel bowl et le burger ne déçoivent jamais.
Pour les smoothie bowls : Wild Tribe. Les meilleurs de l’île, point.
Pour la vue : Vikasa Life Cafe. Le panorama justifie à lui seul le déplacement.
Pour l’authenticité thaïe : Vegetarian Time. Soixante-dix bahts, une grand-mère qui cuisine avec amour, et rien à ajouter.
Pour les desserts : June’s About Art Cafe. Ce raw raspberry cheesecake hante nos pensées.
Pour l’histoire et la raw food : Radiance. Trente-trois ans de cuisine plant-based, et toujours pertinent.
Koh Samui n’est pas encore Chiang Mai ou Ubud en termes de densité végétale. Mais l’écart se réduit chaque année, et la diversité de l’offre — du buffet bouddhiste à 80 bahts au menu dégustation primé — en fait une destination où aucun vegan ne devrait se sentir limité. On est passés du désert culinaire à un terrain de jeu sérieux en moins d’une décennie. Et honnêtement, certains de ces restaurants serviraient fièrement dans n’importe quelle grande ville du monde.

Jay Tamachad pour 60 bahts le buffet bouddhiste, c’est l’adresse la plus authentique de la liste. Expérience unique.
Radiance est notre QG. Les buddha bowls sont excellents et le cadre zen est parfait pour un déjeuner healthy.
Le buffet de Vegan Khunnay à 120 bahts est une blague tellement c’est bon et pas cher. On y va tous les midis.
On est végétariens et on a voyagé dans toute la Thaïlande. Samui est étonnamment bien fournie grâce à la communauté wellness.
Green Bird mérite plus de reconnaissance. Leur burger vegan est meilleur que certains burgers classiques de Chaweng.
Enfin un guide végétarien complet pour Samui ! On galérait toujours à trouver des options veganes. Merci !
Halapua avec le prix PETA c’est mérité. Leur cheesecake vegan à la noix de cajou est une tuerie.